En résumé
L'istikhara est une prière surérogatoire de deux rak'ah suivie d'une invocation précise, par laquelle le musulman sollicite la direction d'Allah avant de prendre une décision importante. Mariage, carrière, déménagement, investissement : cette prière s'applique à toute affaire licite où le cœur hésite. Contrairement aux idées reçues, la réponse ne vient pas forcément en rêve, elle se manifeste le plus souvent par un apaisement intérieur ou par l'évolution des circonstances.
Qu'est-ce que la prière d'istikhara en islam
Le mot « istikhara » provient de la racine arabe « khayr » qui signifie « le bien ». Littéralement, l'istikhara désigne le fait de « chercher le meilleur » auprès d'Allah. C'est une démarche spirituelle profonde par laquelle le croyant reconnaît que sa connaissance est limitée et que seul Allah possède la science de l'invisible.
Le fondement de cette prière repose sur le célèbre hadith de Jabir ibn Abdillah (qu'Allah l'agrée), rapporté par l'imam Al-Bukhari, dans lequel le Prophète (paix et salut sur lui) enseignait l'istikhara à ses compagnons pour toutes leurs affaires, au même titre qu'il leur enseignait une sourate du Coran. Ce hadith montre à quel point cette prière occupait une place centrale dans la vie du croyant.
La sagesse derrière l'istikhara est multiple. Elle enseigne l'humilité face aux choix de la vie, elle renforce le lien entre le serviteur et son Créateur, et elle apporte une paix intérieure face aux décisions difficiles. Elle s'inscrit dans la continuité des invocations pour la réussite et la facilité que le croyant est encouragé à pratiquer au quotidien. Le croyant qui prie l'istikhara ne demande pas à Allah de choisir à sa place, il Lui demande de faciliter ce qui est bon et d'éloigner ce qui est nuisible.
- Prière surérogatoire : deux rak'ah accomplies en dehors des prières obligatoires.
- Invocation spécifique : une du'a rapportée par Al-Bukhari, récitée après le salam.
- Champ d'application : uniquement les affaires licites (mubah) où le croyant hésite.
- Pas pour les obligations : on ne prie pas l'istikhara pour accomplir un acte obligatoire ou pour délaisser un interdit.
- Accessible à tous : homme ou femme, jeune ou âgé, toute personne en état de prier peut la faire.
Hadith de Jabir (Al-Bukhari)
« Le Messager d'Allah (paix et salut sur lui) nous enseignait l'istikhara dans toutes les affaires, comme il nous enseignait une sourate du Coran. »

Comment accomplir la salat al-istikhara étape par étape
La prière d'istikhara suit un déroulement simple et accessible. Nul besoin d'être un savant pour l'accomplir : le Prophète (paix et salut sur lui) l'enseignait à tous ses compagnons sans distinction. Tout comme la régularité dans les prières obligatoires, cette pratique surérogatoire témoigne de la confiance du croyant envers son Seigneur. Voici les six étapes détaillées pour la réaliser correctement.
| Étape | Action | Détail |
|---|---|---|
| 1. Intention | Formuler la niyyah dans le cœur | Avoir l'intention sincère de demander la direction d'Allah pour un sujet précis |
| 2. Ablutions | Effectuer le wudu complet | Purification rituelle comme pour toute prière, avec attention et présence du cœur |
| 3. Deux rak'ah | Prier deux unités surérogatoires | Réciter Al-Fatiha dans chaque rak'ah. Il est recommandé d'ajouter sourate Al-Kafirun dans la première et Al-Ikhlas dans la seconde |
| 4. Du'a d'istikhara | Réciter l'invocation après le salam | Prononcer l'invocation authentique rapportée par Al-Bukhari, les mains levées vers le ciel |
| 5. Mentionner le sujet | Énoncer clairement son affaire | Au passage « puis il mentionne son affaire » dans la du'a, nommer précisément le choix concerné |
| 6. S'en remettre à Allah | Conclure avec sérénité | Ne pas s'angoisser sur la réponse, faire confiance à Allah et avancer avec détermination |
Formuler l'intention avec sincérité
Avant de commencer, identifiez clairement la décision pour laquelle vous sollicitez la direction d'Allah. L'intention (niyyah) se formule dans le cœur, sans qu'il soit nécessaire de la prononcer à voix haute. Ce moment de recueillement prépare le cœur à recevoir la réponse avec ouverture.
Accomplir les ablutions avec soin
Le wudu est la porte d'entrée de la prière. En purifiant le corps, le croyant prépare aussi son esprit à se tourner pleinement vers Allah. Prenez le temps de faire vos ablutions avec attention, en pleine conscience de l'acte que vous vous apprêtez à accomplir.
Prier deux rak'ah surérogatoires
Il s'agit de deux unités de prière volontaires, distinctes des prières obligatoires. Après Al-Fatiha, il est recommandé de réciter sourate Al-Kafirun (109) dans la première rak'ah et sourate Al-Ikhlas (112) dans la seconde. Ces deux sourates expriment le détachement et la confiance absolue en Allah.
Réciter l'invocation d'istikhara
Après le salam final, levez les mains et récitez l'invocation rapportée dans le hadith de Jabir. Si vous ne la connaissez pas en arabe, vous pouvez la lire sur un support. L'important est la présence du cœur et la sincérité de la demande.
Mentionner clairement votre affaire
Au moment où l'invocation mentionne « puis il cite son besoin », nommez précisément votre sujet. Par exemple : « ce mariage avec telle personne », « ce poste dans telle entreprise », « ce déménagement vers telle ville ». La clarté de la demande traduit la sincérité de la démarche.
Conclure avec sérénité et confiance
Une fois la prière et l'invocation terminées, ne restez pas dans l'attente anxieuse d'un signe spectaculaire. Faites confiance au décret d'Allah et avancez dans votre vie avec détermination. La réponse viendra sous la forme qu'Allah choisit, au moment qu'Il détermine.
Traduction de l'invocation d'istikhara
« Ô Allah, je Te demande de m'indiquer le meilleur choix par Ta science, et je Te demande de m'en donner les moyens par Ta puissance, et je Te demande de Ta grâce immense. Car Tu es capable et je ne le suis pas, Tu sais et je ne sais pas, et Tu connais les choses cachées. Ô Allah, si Tu sais que cette affaire [la nommer] est un bien pour moi dans ma religion, dans ma vie ici-bas et dans ma destinée finale, alors facilite-la-moi, puis bénis-la-moi. Et si Tu sais que cette affaire est un mal pour moi dans ma religion, dans ma vie ici-bas et dans ma destinée finale, alors éloigne-la de moi et éloigne-moi d'elle, et destine-moi le bien où qu'il se trouve, puis rends-moi satisfait de ce choix. »

Quand et pour quels sujets prier l'istikhara
L'istikhara s'adresse à toute situation licite dans laquelle le croyant hésite. Pour savoir distinguer les actes permis des interdits, il est utile de se référer aux critères du halal et du haram en islam. L'istikhara ne concerne ni les obligations religieuses (prier, jeûner) ni les interdits (consommer de l'alcool, mentir). Son champ d'application couvre les décisions de la vie courante où le bien et le mal ne sont pas clairement tranchés par les textes.
Les savants rappellent que la prière peut être accomplie à tout moment propice à la prière surérogatoire. Trois périodes sont toutefois à éviter : après la prière du fajr jusqu'au lever du soleil, au moment précis du zénith, et après la prière du 'asr jusqu'au coucher du soleil. Le dernier tiers de la nuit, avant la prière du fajr, est considéré comme le moment le plus propice pour les invocations.
| Situation | Exemple | Pertinence de l'istikhara |
|---|---|---|
| Mariage | Accepter ou non une demande en mariage | Très pertinent, le mariage engage la vie entière |
| Carrière | Changer d'emploi, accepter une promotion | Pertinent, surtout si le choix affecte la pratique religieuse |
| Études | Choisir entre deux formations ou universités | Pertinent pour orienter son parcours avec sagesse |
| Voyage | Partir en voyage ou s'installer dans une autre ville | Pertinent, le déplacement impacte la vie familiale et spirituelle |
| Investissement | Acheter un bien immobilier, investir dans un projet | Pertinent, les enjeux financiers méritent une consultation divine |
| Santé | Opter pour un traitement médical parmi plusieurs options | Pertinent, en complément de l'avis médical professionnel |
- Affaires licites uniquement : on ne prie pas l'istikhara pour savoir s'il faut commettre un péché ou abandonner un devoir.
- Pas réservée aux grandes décisions : même un choix apparemment anodin peut faire l'objet d'une istikhara si le cœur hésite.
- Complément de la réflexion : l'istikhara ne remplace pas la consultation des personnes compétentes, elle s'y ajoute.
- Renouvelable : si le doute persiste après une première istikhara, il est permis de la renouveler sur plusieurs jours.
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Comprendre la réponse : mythes et réalités
L'un des plus grands malentendus autour de l'istikhara concerne la manière dont la réponse se manifeste. Beaucoup de croyants s'attendent à un rêve clair et limpide, à une vision ou à un signe spectaculaire après la prière. Or, la réalité est bien plus subtile et bien plus belle.
Allah dit dans le Coran : « Il se peut que vous détestiez une chose alors qu'elle est un bien pour vous, et il se peut que vous aimiez une chose alors qu'elle est un mal pour vous. Allah sait, tandis que vous ne savez pas. » (Coran, 2:216). Ce verset éclaire la démarche de l'istikhara : le croyant admet que sa perception est limitée et s'en remet à Celui dont la science embrasse toute chose.
Le rêve n'est pas obligatoire
Aucun texte authentique ne conditionne la réponse de l'istikhara à un rêve. Attendre un rêve pour agir peut conduire à la paralysie. Pour mieux comprendre les trois types de rêves en islam, il est utile de consulter les fondements de l'interprétation onirique. La réponse passe le plus souvent par d'autres voies.
La paix ou le malaise intérieur
Après l'istikhara, observez votre état intérieur. Un sentiment de paix, de légèreté et d'ouverture envers le choix envisagé peut indiquer un bien. Inversement, un malaise persistant, une contraction du cœur ou une répulsion inexplicable peuvent signaler qu'il vaut mieux s'abstenir.
Les portes qui s'ouvrent ou se ferment
Parfois, la réponse se manifeste dans les circonstances elles-mêmes. Un projet qui se facilite de manière inattendue, des obstacles qui se lèvent, ou au contraire des portes qui se ferment les unes après les autres. Ces signes extérieurs accompagnent souvent la direction divine.
La consultation des proches reste recommandée
L'istikhara ne remplace pas la consultation (istishara) des personnes de sagesse et d'expérience. Le Prophète (paix et salut sur lui) consultait lui-même ses compagnons avant de prendre certaines décisions. L'istikhara et la consultation humaine se complètent.
On peut renouveler la prière
Si le doute persiste après une première istikhara, il n'y a aucun mal à la refaire. Certains savants recommandent de la renouveler pendant trois, cinq ou même sept jours. L'important est de ne pas transformer cette prière en source d'anxiété.
Coran, sourate Al-Baqarah (2:216)
« Il se peut que vous détestiez une chose alors qu'elle est un bien pour vous, et il se peut que vous aimiez une chose alors qu'elle est un mal pour vous. Allah sait, tandis que vous ne savez pas. »
| Mythe répandu | Réalité islamique |
|---|---|
| La réponse vient toujours en rêve | Aucun hadith ne le confirme, la réponse se manifeste de multiples façons |
| On doit voir une couleur spécifique | Croyance sans fondement textuel, la couleur dans un rêve n'est pas un critère de réponse |
| On ne peut la faire qu'une seule fois | La prière peut être renouvelée autant de fois que nécessaire |
| Il faut un imam pour la faire | Tout musulman peut l'accomplir seul, c'est une prière individuelle |
| La réponse est immédiate | La direction divine peut se révéler progressivement, au fil des jours ou des semaines |

Témoignages et exemples concrets
L'istikhara n'est pas une pratique théorique réservée aux livres de fiqh. Des milliers de croyants y ont recours chaque jour pour éclairer leurs décisions. Voici quelques situations concrètes qui illustrent comment cette prière accompagne les musulmans dans les moments de doute.
Myriam, entrepreneur : lancer ou non son projet
Myriam hésitait depuis des mois à quitter son emploi stable pour lancer sa propre entreprise. Après avoir consulté ses proches et pesé le pour et le contre, elle a prié l'istikhara pendant plusieurs jours. Au fil du temps, elle a ressenti un apaisement grandissant à l'idée de se lancer. Les circonstances se sont alignées de manière inattendue : un local s'est libéré dans son quartier, un ancien collègue lui a proposé un partenariat. Elle y a vu la réponse d'Allah. Son entreprise est aujourd'hui florissante, et elle continue de prier l'istikhara pour chaque décision stratégique.
Yassine, étudiant : choisir sa voie universitaire
Admis dans deux universités prestigieuses, Yassine ne parvenait pas à trancher. L'une était plus renommée, l'autre plus proche de sa famille et d'une mosquée active. Après l'istikhara, il a ressenti une inclination nette vers la seconde option. Il s'y est inscrit et a trouvé un cercle d'étudiants musulmans qui a profondément marqué son parcours spirituel. Avec le recul, il considère que ce choix a été le meilleur de sa vie, tant sur le plan académique que personnel.
Imane, en réflexion sur un mariage
Imane avait reçu une demande en mariage d'un homme qui semblait réunir toutes les qualités recherchées. Sa famille était favorable, ses amies l'encourageaient. Pourtant, un malaise persistait dans son cœur. L'istikhara a renforcé ce sentiment de malaise plutôt que de l'apaiser. Elle a finalement décliné la demande. Quelques mois plus tard, elle a appris que cet homme n'avait pas été transparent sur certains aspects de sa vie. L'istikhara l'avait protégée d'une situation difficile.
Sami, professionnel en transition : déménager à l'étranger
Sami avait reçu une offre d'emploi dans un pays étranger. Le salaire était attractif, mais le déménagement signifiait s'éloigner de ses parents âgés et de sa communauté. Après l'istikhara, les portes se sont progressivement fermées : le visa a été retardé, les conditions du contrat ont changé défavorablement. Il a compris que ce n'était pas le bon moment. Quelques mois après, une opportunité similaire s'est présentée dans sa propre ville. Il l'a saisie avec gratitude.
Pour un étudiant
L'istikhara accompagne les choix académiques et professionnels avec sérénité. Face à une orientation, un stage ou un projet de recherche, cette prière aide à prendre du recul et à confier son avenir à Allah tout en fournissant les efforts nécessaires.
Pour un couple en réflexion
Mariage, achat immobilier, arrivée d'un enfant : les décisions de couple méritent une consultation divine. Chacun des deux conjoints peut prier l'istikhara individuellement, puis échanger sur les sentiments ressentis pour prendre une décision éclairée.
Pour un professionnel en transition
Changement de carrière, création d'entreprise, mutation géographique : les transitions professionnelles sont des moments de vulnérabilité. L'istikhara offre un cadre de réflexion apaisé et une connexion spirituelle précieuse pour avancer avec confiance.
Pour tout croyant face à un choix
Quelle que soit la nature du choix, l'istikhara rappelle que le croyant n'est jamais seul face à ses décisions. En sollicitant la direction d'Allah, on transforme l'incertitude en confiance et l'hésitation en sérénité.
Pour approfondir votre relation avec la prière
Découvrir la prière en islamQuestions fréquentes
La prière d'istikhara est une prière surérogatoire de deux rak'ah suivie d'une invocation spécifique, par laquelle le croyant demande à Allah de le diriger vers le meilleur choix dans une affaire licite. Le mot istikhara signifie littéralement « chercher le bien » ou « demander le meilleur ».
Formulez votre intention, effectuez vos ablutions, priez deux rak'ah surérogatoires (avec par exemple sourate Al-Kafirun puis Al-Ikhlas), prononcez le salam, puis récitez l'invocation d'istikhara en mentionnant clairement votre sujet. Concluez en vous en remettant à Allah avec sérénité.
La forme complète recommandée comprend les deux rak'ah suivies de l'invocation. Toutefois, certains savants admettent que l'invocation seule peut être récitée si la personne est dans l'incapacité de prier (voyage, maladie). La priorité reste de combiner prière et invocation.
Il n'y a pas de limite fixée. Le Prophète (paix et salut sur lui) encourageait à renouveler l'istikhara tant que le cœur n'est pas apaisé. Certains savants recommandent de la répéter jusqu'à sept jours consécutifs si l'incertitude persiste.
L'istikhara peut être accomplie à tout moment où la prière surérogatoire est autorisée. Il est toutefois déconseillé de la faire aux trois moments interdits : après la prière du fajr jusqu'au lever du soleil, au zénith, et après la prière du 'asr jusqu'au coucher du soleil. Le dernier tiers de la nuit est particulièrement recommandé.
Non, c'est un mythe répandu. La réponse à l'istikhara se manifeste le plus souvent par un sentiment de paix ou de malaise, par l'ouverture ou la fermeture de portes dans les circonstances, ou par un penchant naturel du cœur vers une direction. Le rêve peut survenir, mais il n'est ni attendu ni nécessaire.
Les savants divergent sur cette question. La majorité considère que l'istikhara est une démarche personnelle, car c'est le concerné qui doit ressentir l'orientation divine. Cependant, on peut invoquer Allah en faveur d'un proche pour qu'il soit dirigé vers le meilleur choix.
Si aucun signe clair ne se manifeste, il est recommandé de renouveler la prière, de consulter des personnes de confiance et de bon conseil, puis d'avancer avec détermination dans la direction qui semble la plus raisonnable. L'absence de blocage peut elle-même être un signe favorable.