À retenir
- Le chat est un animal pur (tahir) en islam : son eau et son contact ne souillent pas les ablutions.
- La bienveillance envers les animaux est une forme de sadaqa récompensée par Allah, pouvant même conduire au Paradis.
- La maltraitance animale est un péché grave : une femme est entrée en Enfer pour avoir laissé mourir un chat de faim.
- Le Prophète ﷺ était lui-même un modèle de douceur envers les animaux, interdisant toute forme de mutilation et de souffrance inutile.
Contexte coranique sur les animaux en islam
Avant d'aborder les hadiths sur le chat et les animaux, il convient de rappeler que le Coran lui-même accorde une place considérable aux créatures vivantes. Allah les présente comme des communautés à part entière, dotées d'une forme de conscience et soumises à Sa volonté. Plusieurs sourates portent d'ailleurs le nom d'animaux : Al-Baqara (la vache), An-Nahl (les abeilles), An-Naml (les fourmis), Al-Fil (l'éléphant), Al-'Ankabut (l'araignée). Cette présence témoigne de l'importance que l'islam accorde au monde animal.
وَمَا مِن دَابَّةٍ فِي الْأَرْضِ وَلَا طَائِرٍ يَطِيرُ بِجَنَاحَيْهِ إِلَّا أُمَمٌ أَمْثَالُكُم مَّا فَرَّطْنَا فِي الْكِتَابِ مِن شَيْءٍ ثُمَّ إِلَىٰ رَبِّهِمْ يُحْشَرُونَ
« Nulle bête marchant sur terre, nul oiseau volant de ses ailes, qui ne soit comme vous en communauté. Nous n'avons rien omis d'écrire dans le Livre. Puis, c'est vers leur Seigneur qu'ils seront ramenés. »
— Coran, sourate Al-An'am (6:38)
Ce verset est fondamental : il établit que les animaux forment des « communautés » (umam) comparables aux communautés humaines. Ils ont leurs propres modes de vie, leurs hiérarchies et leur manière de glorifier Allah. Les savants y voient la base coranique du respect dû aux animaux : puisqu'ils sont des communautés créées par Allah, les maltraiter revient à porter atteinte à Sa création. Le verset précise aussi qu'ils seront « ramenés » vers leur Seigneur, ce qui souligne leur dignité intrinsèque.
وَالْأَنْعَامَ خَلَقَهَا لَكُمْ فِيهَا دِفْءٌ وَمَنَافِعُ وَمِنْهَا تَأْكُلُونَ ○ وَلَكُمْ فِيهَا جَمَالٌ حِينَ تُرِيحُونَ وَحِينَ تَسْرَحُونَ ○ وَتَحْمِلُ أَثْقَالَكُمْ إِلَىٰ بَلَدٍ لَّمْ تَكُونُوا بَالِغِيهِ إِلَّا بِشِقِّ الْأَنفُسِ إِنَّ رَبَّكُمْ لَرَءُوفٌ رَّحِيمٌ
« Et les bestiaux, Il les a créés pour vous ; vous en retirez des vêtements chauds ainsi que d'autres profits, et vous en mangez aussi. Ils vous sont une parure quand vous les ramenez, le soir, et quand vous les lâchez, le matin. Et ils portent vos fardeaux vers des pays que vous n'atteindriez qu'au prix de pénibles efforts. Votre Seigneur est Compatissant et Miséricordieux. »
— Coran, sourate An-Nahl (16:5-8)
Ces versets de la sourate An-Nahl, dite « les abeilles », soulignent que les animaux sont un bienfait d'Allah envers les hommes. Ils fournissent nourriture, vêtement, transport et même beauté. Mais ce bienfait implique une responsabilité : l'homme est un intendant (khalifa) sur terre, et non un tyran. Le fait qu'Allah termine par Ses noms « Compatissant et Miséricordieux » rappelle que la relation avec les animaux doit être empreinte de cette même miséricorde.
Le chat en islam : pureté et respect
Le chat occupe une place particulière parmi les animaux en islam. Contrairement à d'autres créatures dont le statut juridique fait débat, le chat bénéficie d'un consensus des savants sur sa pureté rituelle. Le Prophète ﷺ lui-même vivait en compagnie de chats, et son compagnon Abu Hurayra doit son surnom (« le père du chaton ») au petit chat qu'il portait constamment. Les hadiths suivants établissent le cadre juridique et éthique du rapport au chat en islam.
1Le chat n'est pas impur
Rapporte par Kabsha bint Ka'b ibn Malik
إِنَّهَا لَيْسَتْ بِنَجَسٍ، إِنَّهَا مِنَ الطَّوَّافِينَ عَلَيْكُمْ وَالطَّوَّافَاتِ
Traduction
« Le chat n'est pas impur. Il fait partie de ceux et celles qui circulent parmi vous. »
Explication
Ce hadith est la base juridique principale sur le statut du chat en islam. Abu Qatada al-Ansari avait incliné un récipient d'eau pour qu'un chat puisse boire, et lorsque Kabsha en fut surprise, il rapporta cette parole du Prophète ﷺ. Le terme « at-tawwafin » (ceux qui circulent) compare implicitement les chats aux anges qui circulent parmi les croyants, soulignant leur caractère familier et inoffensif. Les quatre écoles de jurisprudence s'appuient sur ce hadith pour déclarer le chat pur et son eau licite pour les ablutions.
2Le Prophète ﷺ inclinait le récipient pour le chat
Rapporte par Abu Qatada al-Ansari
أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ كَانَ يُصْغِي لَهَا الْإِنَاءَ حَتَّى تَشْرَبَ ثُمَّ يَتَوَضَّأُ بِفَضْلِهَا
Traduction
« Le Messager d'Allah ﷺ inclinait le récipient pour la chatte afin qu'elle boive, puis il faisait ses ablutions avec le reste de cette eau. »
Explication
Ce hadith complète le précédent en montrant le comportement concret du Prophète ﷺ envers les chats. Non seulement il ne chassait pas le chat du récipient, mais il inclinait lui-même le récipient pour faciliter l'accès de l'animal à l'eau. Ce geste témoigne d'une attention délicate envers une créature souvent considérée comme insignifiante. Le fait qu'il utilisait ensuite la même eau pour ses ablutions confirme de manière pratique la pureté du chat et de sa salive.
3L'eau laissée par le chat est pure
Rapporte par Abu Hurayra
الْهِرَّةُ لَا تَقْطَعُ الصَّلَاةَ، إِنَّهَا مِنْ مَتَاعِ الْبَيْتِ
Traduction
« Le chat n'annule pas la prière. Il fait partie des objets du foyer. »
Explication
Ce hadith élargit le statut du chat au-delà de la question de l'eau : le passage d'un chat devant une personne en prière n'invalide pas sa salat. L'expression « mata' al-bayt » (objets du foyer) indique que le chat est considéré comme un élément naturel de la maison musulmane. Les fuqaha en déduisent que le chat domestique ne constitue pas un obstacle rituel, contrairement à certains autres animaux dont le passage devant le prieur fait l'objet de discussions.
Ces trois hadiths dessinent un portrait cohérent du statut du chat en islam : un animal pur, familier, bienvenu au foyer et traité avec douceur par le Prophète ﷺ lui-même. Pour approfondir les hadiths sur le bon comportement envers toutes les créatures d'Allah, consultez notre article sur les hadiths sur le bon comportement en islam.
La bienveillance envers les animaux dans les hadiths
L'islam ne se contente pas de tolérer les animaux : il fait de la bienveillance envers eux un acte d'adoration récompensé par Allah. Plusieurs hadiths montrent que la miséricorde envers une créature, aussi petite soit-elle, peut changer le destin éternel d'une personne. À l'inverse, la cruauté envers un animal peut conduire au châtiment divin.
4La femme pardonnée pour avoir donné à boire à un chien
Rapporte par Abu Hurayra
بَيْنَمَا امْرَأَةٌ بَغِيٌّ مِنْ بَغَايَا بَنِي إِسْرَائِيلَ رَأَتْ كَلْبًا يُطِيفُ بِرَكِيَّةٍ كَادَ يَقْتُلُهُ الْعَطَشُ فَنَزَعَتْ مُوقَهَا فَسَقَتْهُ فَغُفِرَ لَهَا بِهِ
Traduction
« Une femme de mauvaise vie parmi les Bani Isra'il vit un chien qui tournait autour d'un puits, presque mort de soif. Elle retira sa chaussure, la remplit d'eau et le fit boire. Il lui fut pardonné pour cela. »
Explication
Ce hadith est d'une puissance spirituelle considérable. Une femme dont le métier était un péché majeur reçoit le pardon divin pour un seul geste de miséricorde envers un animal. Le Prophète ﷺ montre ici que la rahma (miséricorde) transcende les catégories sociales et morales : un acte sincère de compassion peut effacer des années de transgression. Les savants en déduisent que la bienveillance envers les animaux n'est pas un simple acte de gentillesse, mais un acte spirituel aux conséquences éternelles.
5La femme châtiée pour avoir enfermé un chat
Rapporte par Ibn 'Umar
عُذِّبَتِ امْرَأَةٌ فِي هِرَّةٍ حَبَسَتْهَا حَتَّى مَاتَتْ جُوعًا فَدَخَلَتْ فِيهَا النَّارَ، لَا هِيَ أَطْعَمَتْهَا وَسَقَتْهَا إِذْ هِيَ حَبَسَتْهَا، وَلَا هِيَ تَرَكَتْهَا تَأْكُلُ مِنْ خَشَاشِ الْأَرْضِ
Traduction
« Une femme fut châtiée à cause d'un chat qu'elle avait enfermé jusqu'à ce qu'il meure de faim, et elle entra en Enfer à cause de lui. Elle ne l'avait ni nourri ni abreuvé alors qu'elle l'avait enfermé, et elle ne l'avait pas laissé manger des petites bêtes de la terre. »
Explication
Ce hadith est le pendant négatif du précédent : autant la miséricorde envers un animal peut mener au Paradis, autant la cruauté peut mener en Enfer. La femme n'a pas nécessairement battu le chat — elle l'a simplement enfermé et négligé. Le Prophète ﷺ souligne la double faute : ni nourrir l'animal, ni le libérer pour qu'il se nourrisse seul. Les savants y voient la preuve que la responsabilité envers un animal dont on a la garde est une obligation religieuse, dont la violation est un péché majeur.
6En tout être vivant, il y a une récompense
Rapporte par Abu Hurayra
فِي كُلِّ ذَاتِ كَبِدٍ رَطْبَةٍ أَجْرٌ
Traduction
« En tout foie humide (être vivant), il y a une récompense. »
Explication
Cette parole prophétique est d'une concision remarquable. L'expression « foie humide » (<em>kabd ratba</em>) désigne tout être vivant, car le foie sec est celui d'un cadavre. Le Prophète ﷺ universalise ainsi la récompense : tout acte de bonté envers n'importe quelle créature vivante — qu'il s'agisse d'un chat, d'un oiseau, d'un insecte ou d'un animal sauvage — est rétribué par Allah. Ce hadith est la base juridique sur laquelle les savants fondent le devoir général de bienveillance envers le monde animal.
Ces hadiths montrent que la relation à l'animal en islam n'est pas une question secondaire, mais un indicateur de la foi et de la piété. La miséricorde envers les créatures est un prolongement de la miséricorde envers les hommes. Pour découvrir d'autres formes de bienfaisance récompensées par Allah, consultez notre article sur les hadiths sur la sadaqa et la charité en islam.
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Découvrir la formationL'interdiction de la cruauté animale dans les hadiths
L'islam a posé, dès le VIIe siècle, des règles précises contre la maltraitance animale. Le Prophète ﷺ a interdit la torture, la mutilation, le fait de prendre des animaux comme cibles et toute souffrance inutile. Ces interdictions couvrent aussi bien les animaux domestiques que les animaux d'élevage ou sauvages. Elles témoignent d'une éthique animale d'une modernité frappante.
7La malédiction sur celui qui prend un être vivant comme cible
Rapporte par Ibn 'Abbas
لَعَنَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ مَنِ اتَّخَذَ شَيْئًا فِيهِ الرُّوحُ غَرَضًا
Traduction
« Le Messager d'Allah ﷺ a maudit celui qui prend un être doté d'une âme comme cible. »
Explication
Ce hadith interdit formellement de tirer sur des animaux vivants pour le sport ou l'entraînement. Le terme « gharad » (cible) englobe toute pratique consistant à blesser ou tuer un animal sans nécessité alimentaire ou de défense. La « malédiction » (la'na) est la sanction verbale la plus sévère dans le vocabulaire prophétique, réservée aux actes les plus graves. Les savants en déduisent que les combats d'animaux, la chasse pour le divertissement pur et toute forme de cruauté gratuite sont formellement interdits (haram).
8L'interdiction de mutiler les animaux
Rapporte par Ibn 'Abbas
نَهَى رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ عَنِ التَّحْرِيشِ بَيْنَ الْبَهَائِمِ
Traduction
« Le Messager d'Allah ﷺ a interdit d'exciter les animaux les uns contre les autres. »
Explication
Ce hadith interdit les combats d'animaux sous toutes leurs formes : combats de coqs, de chiens, de taureaux ou de tout autre animal. Le terme « tahrish » désigne le fait d'inciter un animal à attaquer un autre. Cette pratique, courante dans de nombreuses cultures à l'époque et encore aujourd'hui, est considérée par les juristes comme un acte de cruauté injustifiable. L'animal souffre pour le divertissement de l'homme, ce qui contredit le principe coranique selon lequel les animaux sont des communautés dignes de respect.
9Aiguiser la lame et traiter l'animal avec bonté
Rapporte par Shaddad ibn Aws
إِنَّ اللَّهَ كَتَبَ الْإِحْسَانَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ، فَإِذَا قَتَلْتُمْ فَأَحْسِنُوا الْقِتْلَةَ، وَإِذَا ذَبَحْتُمْ فَأَحْسِنُوا الذِّبْحَةَ، وَلْيُحِدَّ أَحَدُكُمْ شَفْرَتَهُ وَلْيُرِحْ ذَبِيحَتَهُ
Traduction
« Allah a prescrit l'excellence (<em>ihsan</em>) en toute chose. Lorsque vous tuez, tuez de la meilleure façon. Lorsque vous égorgez, égorgez de la meilleure façon. Que l'un de vous aiguise sa lame et soulage sa bête. »
Explication
Ce hadith est considéré par les savants comme l'un des fondements de l'éthique animale en islam. Le Prophète ﷺ pose un principe universel — l'ihsan (excellence) en toute chose — puis l'applique au cas spécifique de l'abattage. Même lorsque tuer un animal est licite (pour se nourrir), il faut le faire avec le maximum de douceur : aiguiser la lame pour que la coupure soit rapide, ne pas montrer la lame à l'animal, ne pas égorger un animal devant un autre. Les fuqaha en tirent des règles détaillées sur les conditions de l'abattage rituel (<em>dhabh</em>).
Les animaux dans la vie du Prophète ﷺ
Le Prophète ﷺ ne se contentait pas d'édicter des règles sur le traitement des animaux : il incarnait ces principes dans sa vie quotidienne. Les compagnons ont rapporté de nombreuses situations où le Messager d'Allah ﷺ faisait preuve d'une attention remarquable envers les animaux, qu'il s'agisse de ses montures, des oiseaux ou des insectes.
10Le chameau qui s'est plaint au Prophète ﷺ
Rapporte par Abdallah ibn Ja'far
دَخَلَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ حَائِطًا لِرَجُلٍ مِنَ الْأَنْصَارِ فَإِذَا جَمَلٌ، فَلَمَّا رَأَى النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ حَنَّ وَذَرَفَتْ عَيْنَاهُ، فَأَتَاهُ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَمَسَحَ ذِفْرَاهُ فَسَكَتَ، فَقَالَ: مَنْ رَبُّ هَذَا الْجَمَلِ؟ فَجَاءَ فَتًى مِنَ الْأَنْصَارِ فَقَالَ: لِي يَا رَسُولَ اللَّهِ. فَقَالَ: أَفَلَا تَتَّقِي اللَّهَ فِي هَذِهِ الْبَهِيمَةِ الَّتِي مَلَّكَكَ اللَّهُ إِيَّاهَا؟ فَإِنَّهُ شَكَا إِلَيَّ أَنَّكَ تُجِيعُهُ وَتُدْئِبُهُ
Traduction
« Le Messager d'Allah ﷺ entra dans le jardin d'un homme des Ansar et y trouva un chameau. Lorsque le chameau vit le Prophète ﷺ, il gémit et ses yeux versèrent des larmes. Le Prophète ﷺ s'approcha et lui caressa le haut de la tête, et le chameau se calma. Il demanda : « Qui est le propriétaire de ce chameau ? » Un jeune Ansari vint et dit : « Il est à moi, ô Messager d'Allah. » Le Prophète ﷺ dit : « Ne crains-tu pas Allah au sujet de cette bête qu'Allah t'a confiée ? Car il s'est plaint à moi que tu le fais souffrir de faim et que tu l'épuises de travail. » »
Explication
Ce hadith est riche d'enseignements. Le chameau, incapable de parler, exprime sa souffrance par des gémissements et des larmes en présence du Prophète ﷺ, qui comprend sa plainte. Le Prophète ﷺ ne se contente pas de consoler l'animal : il interpelle son propriétaire en lui rappelant sa responsabilité devant Allah. L'expression « Allah t'a confié » (mallakaka) indique que la propriété d'un animal est un dépôt (amana), et non un droit absolu de disposer de la créature à sa guise.
11Le Prophète ﷺ et la mère oiseau
Rapporte par Ibn Mas'ud
كُنَّا مَعَ رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فِي سَفَرٍ فَانْطَلَقَ لِحَاجَتِهِ فَرَأَيْنَا حُمَّرَةً مَعَهَا فَرْخَانِ فَأَخَذْنَا فَرْخَيْهَا فَجَاءَتِ الْحُمَّرَةُ فَجَعَلَتْ تُفَرِّشُ فَجَاءَ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَقَالَ: مَنْ فَجَعَ هَذِهِ بِوَلَدِهَا؟ رُدُّوا وَلَدَهَا إِلَيْهَا
Traduction
« Nous étions en voyage avec le Messager d'Allah ﷺ. Il s'absenta pour un besoin, et nous vîmes un oiseau (hummara) avec ses deux petits. Nous prîmes ses petits. La mère oiseau vint et se mit à battre des ailes (de détresse). Le Prophète ﷺ revint et dit : « Qui a affligé cette mère en lui prenant ses petits ? Rendez-lui ses petits ! » »
Explication
Ce hadith illustre la sensibilité du Prophète ﷺ envers les animaux sauvages. Il ne s'agit pas ici d'un animal domestique, mais d'un oiseau en pleine nature. Le Prophète ﷺ perçoit immédiatement la détresse de la mère et ordonne la restitution de ses petits. Le verbe « faja'a » (affliger, causer une douleur vive) montre que le Prophète ﷺ reconnaît aux animaux une capacité de souffrance émotionnelle. Les savants citent ce hadith pour interdire de séparer une mère animale de ses petits, que ce soit dans l'élevage ou le commerce.
Ces récits montrent que la miséricorde du Prophète ﷺ ne connaissait pas de limites de genre ou d'espèce. Sa compassion s'étendait aux chameaux épuisés, aux oiseaux séparés de leurs petits et aux chats du quotidien. Cette attitude prophétique est un modèle pour chaque musulman, quel que soit son rapport aux animaux. Pour découvrir d'autres facettes de la personnalité du Prophète ﷺ, consultez notre article sur les hadiths du Prophète Muhammad ﷺ.
Ce que disent les savants sur les animaux en islam
Les grands savants de l'islam ont développé une réflexion approfondie sur le statut des animaux, en s'appuyant sur les hadiths et les versets coraniques. Leurs commentaires permettent de comprendre la portée juridique et éthique de ces enseignements.
« Le hadith du chat prouve que les restes d'eau du chat sont purs, ainsi que sa salive et son corps. C'est l'avis de la majorité des savants parmi les compagnons, les tabi'in et ceux qui les ont suivis. C'est l'avis d'Abu Hanifa, de Malik, de Ash-Shafi'i et de la plupart des gens de science. »
— Imam An-Nawawi, Sharh Sahih Muslim
« Le hadith de la femme et du chat prouve que la maltraitance des animaux fait partie des grands péchés (kaba'ir), car elle a entraîné le châtiment du Feu. Quiconque possède un animal est tenu de le nourrir, de l'abreuver et de ne pas le charger au-delà de sa capacité. S'il ne peut pas, il doit le libérer ou le confier à quelqu'un qui en prendra soin. »
— Ibn Hajar al-Asqalani, Fath al-Bari
« Le hadith « Allah a prescrit l'ihsan en toute chose » est l'un des hadiths qui rassemblent les principes de l'islam. L'ihsan s'applique même envers l'animal que l'on abat : aiguiser la lame, ne pas le faire souffrir, ne pas lui montrer le couteau. Si l'islam prescrit l'ihsan dans la mise à mort, que dire alors du traitement de l'animal vivant ? »
— Imam An-Nawawi, Sharh al-Arba'in an-Nawawiyya
Ces commentaires montrent que les hadiths sur les animaux ont donné naissance à un corpus juridique et éthique détaillé. Les juristes musulmans ont déduit de ces textes des obligations concrètes : nourrir et abreuver l'animal dont on a la charge, ne pas le surcharger de travail, ne pas le mutiler, ne pas le tuer sans raison licite et minimiser sa souffrance lors de l'abattage. Cette éthique animale islamique précède de plusieurs siècles les législations modernes sur la protection des animaux.
Leçons pratiques pour le musulman
L'ensemble des hadiths présentés permet de dégager des enseignements concrets sur la relation du musulman avec le monde animal :
Le chat est un animal pur et bienvenu au foyer
Avoir un chat chez soi est parfaitement licite. Son eau ne souille pas les ablutions, son passage n'invalide pas la prière, et le Prophète ﷺ lui-même vivait en compagnie de chats.
La bienveillance envers les animaux est un acte d'adoration
Donner à boire à un animal assoiffé, nourrir un chat errant ou soigner un oiseau blessé sont des formes de sadaqa récompensées par Allah. La miséricorde envers les créatures peut même effacer des péchés majeurs.
La maltraitance animale est un péché grave
Enfermer un animal sans le nourrir, le prendre comme cible, organiser des combats d'animaux ou le mutiler sont des actes formellement interdits. La femme qui a enfermé le chat est un avertissement pour tous.
La propriété d'un animal est une responsabilité (amana)
Posséder un animal implique de le nourrir, de l'abreuver, de ne pas le surcharger et de ne pas le faire souffrir. Si l'on ne peut assumer cette responsabilité, il faut libérer l'animal ou le confier à quelqu'un de capable.
L'ihsan s'applique même lors de l'abattage
Lorsque l'abattage est licite, il doit être fait avec le maximum de douceur : lame aiguisée, geste rapide, pas de souffrance inutile. Si l'islam prescrit l'excellence dans la mise à mort, la bienveillance envers l'animal vivant s'impose à plus forte raison.
La sensibilité animale est reconnue par le Prophète ﷺ
Le chameau qui pleure, la mère oiseau qui bat des ailes de détresse : le Prophète ﷺ reconnaît aux animaux une capacité de souffrance émotionnelle. Cette reconnaissance fonde l'interdiction de les séparer de leurs petits ou de les faire souffrir psychologiquement.
Apprenez l'arabe classique
Comprenez les hadiths sur les animaux dans leur langue originale et approfondissez votre connaissance de l'islam.
Questions fréquentes
Oui, le chat est considéré comme un animal pur (tahir) en islam. Le Prophète ‘alayhi salatu wa salam a confirmé que le chat n’est pas impur et que l’eau dont il a bu reste utilisable pour les ablutions. Le hadith rapporté par Kabsha bint Ka’b, dans lequel le Prophète ﷺ dit que le chat « fait partie de ceux qui tournent autour de vous » (at-tawwafin), est la base juridique de cette règle (Abu Dawud 75, Tirmidhi 92).
Oui, il est tout à fait permis d’avoir un chat chez soi. Le Prophète ﷺ lui-même laissait les chats circuler librement dans sa maison. Abu Qatada rapporte que le Prophète ﷺ inclinait le récipient d’eau pour que le chat puisse boire. Les savants sont unanimes sur la licéité de garder un chat, à condition de le nourrir correctement et de ne pas le maltraiter.
Le hadith rapporté par Ibn ‘Umar et Abdallah ibn ‘Umar dans Sahih Al-Bukhari (n°3318) et Sahih Muslim (n°2619) relate qu’une femme est entrée en Enfer pour avoir enfermé un chat sans le nourrir ni le laisser se nourrir seul. Ce hadith montre la gravité de la maltraitance animale en islam et le fait qu’elle peut entraîner le châtiment divin.
Oui, la miséricorde envers les animaux est récompensée. Le Prophète ﷺ a raconté l’histoire d’une femme de mauvaise vie qui a été pardonnée pour avoir donné à boire à un chien assoiffé (Bukhari 3321, Muslim 2245). Il a également dit : « En tout foie humide (être vivant), il y a une récompense » (Bukhari 2466). La bienveillance envers toute créature est une forme de sadaqa.
L’islam interdit formellement la cruauté envers les animaux. Le Prophète ﷺ a maudit quiconque prend un être vivant comme cible (Muslim 1958), a interdit de mutiler les animaux (Bukhari 5515), et a ordonné d’aiguiser la lame lors de l’abattage pour minimiser la souffrance. Le hadith de la femme et du chat (Bukhari 3318) montre que la maltraitance animale peut mener à l’Enfer.
Le Prophète ﷺ possédait plusieurs animaux : des chameaux, des chevaux, des moutons et des mules. Sa mule blanche s’appelait Duldul et son cheval Al-Lahif. Il entretenait un lien particulier avec ses montures et insistait sur leur bon traitement. Les chats circulaient librement dans sa maison, et Abu Hurayra, l’un de ses compagnons les plus célèbres, doit son surnom (« le père du chaton ») à un petit chat qu’il portait toujours.
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