Hadiths sur le riba et l'usure en islam, enseignements prophétiques

Hadiths sur le riba (usure) en islam

Les enseignements prophétiques sur l'interdiction absolue de l'usure, la gravité de ce péché, la malédiction sur toutes les parties impliquées et les alternatives halal selon la Sunna authentique.

À retenir

  • Le riba est interdit de manière absolue dans le Coran et la Sunna. Allah a déclaré la guerre à ceux qui le pratiquent.
  • Le Prophète ﷺ a maudit non seulement celui qui consomme le riba, mais aussi celui qui le donne, le scribe et les témoins.
  • Un dirham de riba est considéré comme plus grave que trente-six fois la fornication selon un hadith du Prophète ﷺ.
  • L'islam propose des alternatives de financement halal fondées sur le partage du risque et la justice économique.

Contexte coranique de l'interdiction du riba

Avant d'aborder les hadiths, il est essentiel de rappeler que l'interdiction du riba est d'abord coranique. Allah a interdit l'usure de manière progressive, puis de façon absolue et définitive dans la sourate Al-Baqara. Le Coran oppose le riba au commerce licite et à la zakât, établissant que la richesse légitime provient de l'effort et du partage, non de l'exploitation du besoin d'autrui.

الَّذِينَ يَأْكُلُونَ الرِّبَا لَا يَقُومُونَ إِلَّا كَمَا يَقُومُ الَّذِي يَتَخَبَّطُهُ الشَّيْطَانُ مِنَ الْمَسِّ ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ قَالُوا إِنَّمَا الْبَيْعُ مِثْلُ الرِّبَا وَأَحَلَّ اللَّهُ الْبَيْعَ وَحَرَّمَ الرِّبَا

« Ceux qui mangent [pratiquent] le riba ne se tiennent (au Jour du Jugement) que comme se tient celui que le toucher de Shaytan a bouleversé. Cela, parce qu'ils disent : « Le commerce est tout à fait comme le riba ». Alors qu'Allah a rendu licite le commerce, et illicite le riba. »

Coran, sourate Al-Baqara (2:275)

Ce verset fondamental réfute l'argument de ceux qui assimilent le riba au commerce. Allah établit une distinction nette : le commerce implique un risque, un effort et un échange réel de biens ou de services, tandis que le riba garantit un gain sans risque au prêteur, au détriment de l'emprunteur. Les savants soulignent que la description du consommateur de riba « bouleversé par le toucher de Shaytan » illustre le châtiment réservé à cette catégorie de pécheurs au Jour du Jugement.

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اتَّقُوا اللَّهَ وَذَرُوا مَا بَقِيَ مِنَ الرِّبَا إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ ﴿٢٧٨﴾ فَإِن لَّمْ تَفْعَلُوا فَأْذَنُوا بِحَرْبٍ مِّنَ اللَّهِ وَرَسُولِهِ

« Ô les croyants ! Craignez Allah et renoncez au reliquat du riba, si vous êtes croyants. Et si vous ne le faites pas, alors recevez l'annonce d'une guerre de la part d'Allah et de Son Messager. »

Coran, sourate Al-Baqara (2:278-279)

Ces versets contiennent la menace la plus sévère du Coran envers un péché spécifique : une déclaration de guerre de la part d'Allah et de Son Messager. Aucun autre péché ne reçoit un tel avertissement dans le Livre d'Allah. Les savants, dont l'imam Ibn Kathir, ont souligné que cette formulation exceptionnelle témoigne de la gravité extrême du riba dans la hiérarchie des interdits islamiques.

L'interdiction absolue du riba dans les hadiths

Le Prophète ﷺ a confirmé et renforcé l'interdiction coranique du riba par de nombreux hadiths. Son dernier sermon (Khutbat al-Wada') a notamment aboli toutes les formes de riba de la période préislamique, établissant une rupture nette avec les pratiques économiques antérieures.

1L'abolition du riba dans le sermon d'adieu

Rapporte par Jabir ibn Abdillah

وَرِبَا الْجَاهِلِيَّةِ مَوْضُوعٌ، وَأَوَّلُ رِبًا أَضَعُ رِبَانَا رِبَا عَبَّاسِ بْنِ عَبْدِ الْمُطَّلِبِ فَإِنَّهُ مَوْضُوعٌ كُلُّهُ

Traduction

« Le riba de la jahiliyya (période préislamique) est aboli. Et le premier riba que j'abolis est notre riba, le riba d'Al-Abbas ibn Abd al-Muttalib : il est entièrement aboli. »

Sahih Muslim, n°1218Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith, prononcé lors du sermon d'adieu à Arafat, montre que le Prophète ﷺ a commencé par abolir le riba de sa propre famille (Al-Abbas était son oncle). Ce geste est d'une portée considérable : il démontre que l'interdiction est universelle, sans exception pour les proches du Prophète. Les savants y voient le principe selon lequel la réforme commence par soi-même et ses proches. La mention de « la jahiliyya » indique que toutes les dettes usuraires antérieures sont annulées.

2Allah a interdit le riba

Rapporte par Abu Hurayra

اجْتَنِبُوا السَّبْعَ الْمُوبِقَاتِ... وَأَكْلُ الرِّبَا

Traduction

« Évitez les sept péchés destructeurs... (parmi lesquels) la consommation du riba. »

Sahih Al-Bukhari, n°2766 — Sahih Muslim, n°89Sahih (authentique)

Explication

Dans ce hadith célèbre, le Prophète ﷺ classe le riba parmi les sept péchés les plus destructeurs (al-mubiqat), aux côtés du shirk (associationnisme), de la sorcellerie, du meurtre d'une âme protégée, de la consommation des biens de l'orphelin, de la fuite du champ de bataille et de la calomnie des femmes chastes. Ce classement place le riba au même niveau que les plus grands péchés de l'islam, ce qui souligne la sévérité de cette interdiction.

3La malédiction divine sur le riba

Rapporte par Abu Juhayfah

لَعَنَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ آكِلَ الرِّبَا وَمُوكِلَهُ

Traduction

« Le Messager d'Allah ﷺ a maudit celui qui consomme le riba et celui qui le donne à consommer. »

Sahih Al-Bukhari, n°2086Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith concis mais puissant établit que la malédiction divine ne frappe pas seulement le créancier qui perçoit les intérêts, mais aussi le débiteur qui les paie volontairement. Les savants expliquent que celui qui accepte de payer le riba contribue à normaliser cette pratique et encourage le système usuraire. La malédiction (la'na) est la forme la plus sévère de condamnation prophétique, signifiant l'éloignement de la miséricorde divine.

La gravité du péché de riba selon les hadiths

Les hadiths suivants illustrent à quel point le riba est considéré comme un péché majeur en islam. Le Prophète ﷺ a utilisé des comparaisons frappantes pour marquer les esprits et dissuader les croyants de s'approcher de l'usure sous quelque forme que ce soit.

4Le riba pire que trente-six fois la fornication

Rapporte par Abdallah ibn Hanzalah

دِرْهَمُ رِبَا يَأْكُلُهُ الرَّجُلُ وَهُوَ يَعْلَمُ أَشَدُّ مِنْ سِتٍّ وَثَلَاثِينَ زَنْيَةً

Traduction

« Un dirham de riba qu'un homme consomme en connaissance de cause est pire que trente-six fois la fornication. »

Musnad Ahmad, n°21957 — Sunan Ibn Majah, n°2274Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith est l'un des plus percutants sur la gravité du riba. La fornication (zina) est un péché majeur en islam, puni sévèrement. Pourtant, le Prophète ﷺ affirme qu'un seul dirham de riba est pire que trente-six fornications. La condition « en connaissance de cause » est importante : elle aggrave le péché par la conscience délibérée de la transgression. Les savants expliquent que le riba est plus grave car il corrompt l'ensemble du système économique et nuit à la société entière.

5Les soixante-dix degrés de riba

Rapporte par Abu Hurayra

الرِّبَا سَبْعُونَ بَابًا أَيْسَرُهَا أَنْ يَنْكِحَ الرَّجُلُ أُمَّهُ

Traduction

« Le riba comporte soixante-dix degrés. Le moindre d'entre eux équivaut à ce qu'un homme commette l'inceste avec sa propre mère. »

Sunan Ibn Majah, n°2275Hasan (bon)

Explication

Ce hadith utilise une image extrêmement choquante pour illustrer la gravité du riba. Si le degré le plus bas du riba équivaut à un péché aussi abominable que l'inceste, les degrés supérieurs sont d'une gravité incommensurable. Les savants soulignent que les « soixante-dix degrés » désignent les multiples formes et ramifications du riba, du prêt à intérêt simple aux montages financiers complexes. Ce hadith a été authentifié par l'imam Al-Hakim et déclaré bon (hasan) par d'autres muhaddithun.

Ces comparaisons prophétiques, bien que difficiles à entendre, ont pour objectif de marquer profondément la conscience du croyant. Elles s'inscrivent dans la pédagogie prophétique qui utilise le choc pour dissuader du péché. Pour comprendre la gravité d'autres péchés majeurs évoqués en comparaison, consultez notre article sur les hadiths sur la fornication (zina) en islam.

La malédiction sur toutes les parties impliquées

L'islam ne se contente pas d'interdire le riba au prêteur : il étend la responsabilité à toutes les personnes qui participent à la transaction usuraire. Cette approche globale vise à tarir les sources du riba en responsabilisant chaque maillon de la chaîne.

6La malédiction des quatre parties du riba

Rapporte par Jabir ibn Abdillah

لَعَنَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ آكِلَ الرِّبَا وَمُوكِلَهُ وَكَاتِبَهُ وَشَاهِدَيْهِ وَقَالَ هُمْ سَوَاءٌ

Traduction

« Le Messager d'Allah ﷺ a maudit celui qui consomme le riba, celui qui le donne, le scribe (qui rédige le contrat) et les deux témoins. Et il a dit : ils sont tous égaux (dans le péché). »

Sahih Muslim, n°1598Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith est fondamental car il élargit la responsabilité du riba à quatre catégories de personnes : le créancier (celui qui consomme le riba), le débiteur (celui qui le paie), le rédacteur du contrat et les témoins. La phrase « ils sont tous égaux » signifie qu'ils partagent le même péché. Ce hadith a des implications considérables dans le contexte moderne : tout employé de banque, notaire ou conseiller financier qui facilite sciemment des transactions usuraires est concerné par cet avertissement prophétique.

7Le riba finit toujours par diminuer

Rapporte par Ibn Mas'ud

مَا أَحَدٌ أَكْثَرَ مِنَ الرِّبَا إِلَّا كَانَ عَاقِبَةُ أَمْرِهِ إِلَى قِلَّةٍ

Traduction

« Quiconque multiplie (sa richesse) par le riba verra son affaire aboutir à la diminution. »

Sunan Ibn Majah, n°2279Hasan (bon)

Explication

Ce hadith énonce un principe économique et spirituel : la richesse acquise par le riba est privée de la baraka (bénédiction divine). Même si elle semble croître en apparence, elle finira par diminuer, soit par des pertes matérielles, soit par la perte de la tranquillité d'esprit. Les savants y voient une loi divine qui s'oppose à la logique financière conventionnelle. Ce hadith est confirmé par le verset : « Allah anéantit le riba et fait fructifier les aumônes » (Coran, 2:276).

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Riba al-fadl et riba an-nasiah dans les hadiths

Les savants distinguent deux types principaux de riba à partir des hadiths prophétiques. Le riba an-nasiah (riba du délai) concerne l'ajout d'un surplus en contrepartie d'un report de paiement, comme les intérêts bancaires classiques. Le riba al-fadl (riba de l'excédent) concerne l'échange de biens de même nature avec un surplus, même sans délai.

8Le hadith des six catégories (riba al-fadl)

Rapporte par Ubadah ibn as-Samit

الذَّهَبُ بِالذَّهَبِ وَالْفِضَّةُ بِالْفِضَّةِ وَالْبُرُّ بِالْبُرِّ وَالشَّعِيرُ بِالشَّعِيرِ وَالتَّمْرُ بِالتَّمْرِ وَالْمِلْحُ بِالْمِلْحِ مِثْلًا بِمِثْلٍ سَوَاءً بِسَوَاءٍ يَدًا بِيَدٍ فَإِذَا اخْتَلَفَتْ هَذِهِ الْأَصْنَافُ فَبِيعُوا كَيْفَ شِئْتُمْ إِذَا كَانَ يَدًا بِيَدٍ

Traduction

« L'or contre l'or, l'argent contre l'argent, le blé contre le blé, l'orge contre l'orge, les dattes contre les dattes, le sel contre le sel : à quantité égale, de main à main. Si les catégories diffèrent, vendez comme vous le voulez, à condition que ce soit de main à main. »

Sahih Muslim, n°1587Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith est la base juridique du riba al-fadl. Il établit que l'échange de biens de même catégorie doit respecter deux conditions : l'égalité de quantité et la simultanéité de l'échange. Si l'une de ces conditions n'est pas remplie, la transaction est du riba. Les savants ont étendu ces six catégories par analogie (qiyas) à tous les biens monétaires et alimentaires. Ce hadith fonde la théorie monétaire islamique et explique pourquoi l'échange de devises doit être immédiat.

9Le surplus dans l'échange est du riba

Rapporte par Abu Sa'id al-Khudri

لَا تَبِيعُوا الذَّهَبَ بِالذَّهَبِ إِلَّا مِثْلًا بِمِثْلٍ وَلَا تُشِفُّوا بَعْضَهَا عَلَى بَعْضٍ وَلَا تَبِيعُوا الْوَرِقَ بِالْوَرِقِ إِلَّا مِثْلًا بِمِثْلٍ وَلَا تُشِفُّوا بَعْضَهَا عَلَى بَعْضٍ وَلَا تَبِيعُوا مِنْهَا غَائِبًا بِنَاجِزٍ

Traduction

« Ne vendez pas l'or contre l'or sauf à quantité égale, et ne faites pas de surplus de l'un sur l'autre. Ne vendez pas l'argent contre l'argent sauf à quantité égale, et ne faites pas de surplus de l'un sur l'autre. Et ne vendez pas le présent contre l'absent (à terme). »

Sahih Al-Bukhari, n°2177 — Sahih Muslim, n°1584Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith complète le précédent en insistant sur deux interdictions : le surplus dans l'échange de même nature (riba al-fadl) et la vente à terme d'un bien contre un autre de même nature (riba an-nasiah). La dernière phrase « ne vendez pas le présent contre l'absent » interdit de vendre de l'or disponible contre de l'or à livrer plus tard, car le délai ouvre la porte à la spéculation et à l'injustice. Ce principe s'applique aujourd'hui au marché des changes et aux produits dérivés.

Ces hadiths sur les types de riba montrent que l'interdiction ne se limite pas au prêt à intérêt classique. Elle englobe toutes les formes d'échange inéquitable. Pour approfondir les critères du licite et de l'illicite en islam, consultez notre article sur les critères du halal et du haram en islam.

Le riba à la fin des temps

Le Prophète ﷺ a annoncé que le riba se répandrait de manière généralisée dans les derniers temps, au point de toucher la quasi-totalité des gens. Ces hadiths prophétiques sont considérés par les savants comme des signes de la fin des temps et un avertissement pour la communauté musulmane.

10La poussière du riba touchera tout le monde

Rapporte par Abu Hurayra

لَيَأْتِيَنَّ عَلَى النَّاسِ زَمَانٌ لَا يَبْقَى أَحَدٌ إِلَّا أَكَلَ الرِّبَا فَإِنْ لَمْ يَأْكُلْهُ أَصَابَهُ مِنْ بُخَارِهِ

Traduction

« Il viendra un temps où il ne restera personne qui ne consomme le riba. Et celui qui ne le consomme pas sera touché par sa poussière (ses effets). »

Sunan Abu Dawud, n°3331 — Sunan an-Nasa'i, n°4455Hasan (bon)

Explication

Ce hadith prophétique décrit une réalité que beaucoup de musulmans vivent aujourd'hui. Le système financier mondial repose largement sur les intérêts, rendant extrêmement difficile d'éviter totalement le riba. L'expression « sa poussière » (bukharuhu) désigne les effets indirects du riba : l'inflation, la hausse des prix, la dette publique, qui touchent même ceux qui n'empruntent pas à intérêt. Les savants y voient une raison supplémentaire de développer la finance islamique comme alternative systémique.

11Le riba et la fornication comme signes de décadence

Rapporte par Ibn Mas'ud

بَيْنَ يَدَيِ السَّاعَةِ يَظْهَرُ الرِّبَا وَالزِّنَا وَالْخَمْرُ

Traduction

« Parmi les signes de l'Heure : l'apparition (généralisée) du riba, de la fornication et de l'alcool. »

Rapporté par At-Tabarani dans Al-Mu'jam al-KabirHasan (bon)

Explication

Ce hadith place le riba aux côtés de deux autres fléaux majeurs — la fornication et l'alcool — comme signes de la dégradation morale qui précède la fin des temps. Les trois péchés partagent une caractéristique commune : ils sont d'abord rejetés par la société, puis tolérés, puis banalisés, et enfin institutionnalisés. Les savants contemporains observent que cette prophétie se réalise avec le système bancaire mondial, la banalisation des relations illicites et l'industrie de l'alcool.

Ce que disent les savants sur le riba et la finance moderne

Les grands savants de l'islam, classiques et contemporains, ont abondamment commenté les hadiths sur le riba. Leurs analyses permettent de comprendre comment ces enseignements s'appliquent au contexte économique actuel.

« Le riba est interdit dans toutes les religions révélées. Son interdiction en islam est la plus stricte et la plus détaillée. Les hadiths sur les six catégories montrent que le Prophète ﷺ a voulu fermer toutes les portes qui mènent au riba, même les plus subtiles. »

— Ibn al-Qayyim, I'lam al-Muwaqqi'in

« Les intérêts bancaires conventionnels sont du riba interdit, qu'ils soient appelés intérêts, bénéfices ou commissions. Le changement de nom ne change pas la réalité de la transaction. L'Académie islamique de jurisprudence a confirmé cette position à l'unanimité. »

— Résolution de l'Académie islamique internationale de jurisprudence (Majma' al-Fiqh al-Islami), 1985

« La sagesse de l'interdiction du riba réside dans la protection des plus vulnérables. Le riba transfère la richesse des pauvres vers les riches de manière systématique, creuse les inégalités et détruit la solidarité sociale que l'islam cherche à bâtir. »

— Sheikh Yusuf al-Qaradawi, Fiqh az-Zakat

Ces commentaires montrent un consensus quasi-unanime des savants sur l'interdiction des intérêts bancaires conventionnels. Les divergences portent principalement sur les cas de nécessité impérieuse (darura) et sur les détails de certains produits financiers modernes, mais le principe de l'interdiction du riba fait l'objet d'un ijma' (consensus) de la communauté savante.

Les alternatives halal au riba

L'islam n'interdit pas le riba sans proposer d'alternatives. Le Prophète ﷺ a encouragé plusieurs formes de transactions licites qui permettent le financement de projets sans recourir à l'usure. Les savants contemporains ont développé ces principes pour créer un système de finance islamique complet.

12Le prêt sans intérêt (qard hasan)

Rapporte par Ibn Mas'ud

مَا مِنْ مُسْلِمٍ يُقْرِضُ مُسْلِمًا قَرْضًا مَرَّتَيْنِ إِلَّا كَانَ كَصَدَقَتِهَا مَرَّةً

Traduction

« Tout musulman qui accorde un prêt à un autre musulman deux fois, c'est comme s'il avait fait l'aumône une fois. »

Sunan Ibn Majah, n°2430Hasan (bon)

Explication

Ce hadith encourage le qard hasan, le prêt sans intérêt, en le récompensant spirituellement. Le prêteur ne gagne rien en termes matériels, mais il obtient la récompense d'une sadaqa. Ce principe montre que l'islam valorise l'entraide financière désintéressée. Le qard hasan est aujourd'hui proposé par certaines institutions de finance islamique et par des associations communautaires comme alternative au prêt à intérêt.

13Le partenariat et le partage des profits

Rapporte par Abu Hurayra

قَالَ اللَّهُ تَعَالَى أَنَا ثَالِثُ الشَّرِيكَيْنِ مَا لَمْ يَخُنْ أَحَدُهُمَا صَاحِبَهُ فَإِذَا خَانَهُ خَرَجْتُ مِنْ بَيْنِهِمَا

Traduction

« Allah le Très-Haut a dit : Je suis le troisième des deux associés, tant que l'un d'eux ne trahit pas son associé. S'il le trahit, Je me retire d'entre eux. »

Sunan Abu Dawud, n°3383Hasan (bon)

Explication

Ce hadith qudsi (parole divine rapportée par le Prophète ﷺ) fonde le principe du partenariat (musharaka) en islam. Allah bénit l'association honnête entre deux partenaires qui partagent les profits et les pertes. Ce modèle est l'antithèse du riba : au lieu de garantir un gain fixe au prêteur quel que soit le résultat, il impose un partage équitable du risque. La musharaka et la moudaraba sont les deux piliers de la finance islamique moderne, utilisés dans l'immobilier, le commerce et l'investissement.

Enseignements et leçons pratiques

L'ensemble des hadiths présentés dans cet article permet de dégager des leçons concrètes pour le musulman dans sa vie économique et financière :

1

Comprendre la gravité absolue du riba

Le riba fait partie des sept péchés destructeurs. Il est pire que la fornication et ses pratiquants sont menacés d'une guerre de la part d'Allah. Cette conscience doit motiver la recherche d'alternatives licites.

2

Ne pas faciliter le riba, même indirectement

La malédiction touche toutes les parties : celui qui consomme le riba, celui qui le donne, le scribe et les témoins. Chaque musulman doit évaluer son rôle professionnel à la lumière de ce hadith.

3

Connaître les deux types de riba

Le riba ne se limite pas au prêt à intérêt. Le riba al-fadl (surplus dans l'échange de biens similaires) et le riba an-nasiah (surplus lié au délai) sont tous deux interdits. Cette connaissance évite de tomber dans le riba par ignorance.

4

Privilégier la finance islamique

La musharaka, la moudaraba, la murabaha et le qard hasan sont des alternatives légitimes au riba. Le musulman doit se renseigner sur les offres de finance islamique disponibles dans son pays.

5

Pratiquer le qard hasan au sein de la communauté

Le prêt sans intérêt entre musulmans est une sunna récompensée comme une aumône. Ce mécanisme d'entraide communautaire réduit la dépendance au système bancaire conventionnel.

6

Se repentir sincèrement si l'on a pratiqué le riba

Le Coran ordonne de « renoncer au reliquat du riba » et les savants affirment que le repentir sincère (tawba) efface le péché passé, à condition de cesser immédiatement la pratique et de ne garder que le capital initial.

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Questions fréquentes

Le riba désigne tout surplus injustifié dans un échange commercial ou un prêt. Il est interdit car il crée une injustice entre les parties, enrichit le prêteur sans effort légitime et appauvrit l’emprunteur. Le Coran l’interdit de manière absolue (sourate Al-Baqara, 2:275-279) et le Prophète ﷺ a maudit toutes les parties impliquées dans une transaction usuraire (Muslim 1598).

Oui, un hadith rapporté par Ibn Majah (n°2274) affirme qu’un dirham de riba consommé en connaissance de cause est pire que trente-six fois la fornication. Cette comparaison souligne la gravité exceptionnelle du riba dans la hiérarchie des péchés en islam, car il touche non seulement l’individu mais déstabilise l’économie et la société tout entière.

Les savants distinguent deux types principaux : le riba an-nasiah (riba du délai), qui consiste à augmenter le montant dû en raison d’un report de paiement, et le riba al-fadl (riba de l’excédent), qui consiste à échanger des biens de même nature avec un surplus. Le hadith des six catégories (Muslim 1587) précise les règles d’échange pour l’or, l’argent, le blé, l’orge, les dattes et le sel.

La majorité écrasante des savants contemporains, incluant l’Académie islamique de jurisprudence (Majma’ al-Fiqh), considèrent que les intérêts bancaires conventionnels constituent du riba interdit. Le mécanisme est identique au riba an-nasiah : un surplus fixé à l’avance en contrepartie d’un délai de remboursement, indépendamment du résultat économique de l’emprunteur.

L’islam propose plusieurs alternatives : la murabaha (vente avec marge bénéficiaire déclarée), la musharaka (partenariat avec partage des profits et pertes), la moudaraba (commandite islamique), l’ijara (crédit-bail islamique) et le qard hasan (prêt sans intérêt). Ces instruments sont proposés par les banques islamiques et reposent sur le principe du partage du risque.

Le hadith rapporté par Ibn Majah (n°2275) mentionne que le riba comporte plus de soixante-dix degrés de gravité. Certains muhaddithun le classent comme hasan, d’autres comme sahih lorsqu’il est renforcé par d’autres chaînes de transmission. L’imam Ibn Hajar et d’autres savants l’ont utilisé comme preuve de la gravité du riba.

Le hadith de Jabir (Muslim 1598) mentionne la malédiction sur celui qui consomme le riba, celui qui le donne, le scribe et les deux témoins. Cela montre que l’islam interdit toute forme de participation ou de complicité dans les transactions usuraires. Chacun est responsable de ne pas faciliter le péché, même indirectement.

Oui, plusieurs hadiths annoncent que le riba se répandra de manière généralisée à la fin des temps, au point que même celui qui essaie de l’éviter sera touché par sa poussière (Abu Dawud 3331, Nasa’i 4455). Le Prophète ﷺ a décrit cela comme un signe de la fin des temps et une épreuve pour la communauté musulmane.

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