Hadiths sur la sorcellerie, le mauvais œil et la roqya en islam

Hadiths sur la sorcellerie, le mauvais œil et la roqya en islam

Les enseignements prophétiques sur le mauvais œil, la sorcellerie, la roqya légitime et les moyens de protection selon la Sunna authentique.

À retenir

  • Le mauvais œil (al-'ayn) est une réalité confirmée par le Prophète ﷺ et attestée par de nombreux hadiths authentiques.
  • La sorcellerie (sihr) fait partie des sept péchés destructeurs et constitue un acte de mécréance (kufr).
  • La roqya légitime (char'iyya) est le seul moyen autorisé pour se soigner : récitation du Coran et des invocations prophétiques.
  • Le port d'amulettes, de talismans ou le recours aux charlatans est formellement interdit par la Sunna.

Contexte coranique : sourates de protection

Avant d'aborder les hadiths, il faut rappeler que la protection contre la sorcellerie et le mauvais œil est d'abord une thématique coranique. Allah a révélé des sourates spécifiquement destinées à protéger le croyant contre le mal des envieux et des sorciers. Le Prophète ﷺ récitait ces sourates chaque jour et les recommandait à sa communauté comme un bouclier spirituel.

قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ الْفَلَقِ ۝ مِن شَرِّ مَا خَلَقَ ۝ وَمِن شَرِّ غَاسِقٍ إِذَا وَقَبَ ۝ وَمِن شَرِّ النَّفَّاثَاتِ فِي الْعُقَدِ ۝ وَمِن شَرِّ حَاسِدٍ إِذَا حَسَدَ

« Dis : je cherche refuge auprès du Seigneur de l'aube naissante, contre le mal de ce qu'Il a créé, contre le mal de l'obscurité quand elle s'approfondit, contre le mal de celles qui soufflent sur les nœuds, et contre le mal de l'envieux quand il envie. »

Coran, sourate Al-Falaq (113:1-5)

Sourate Al-Falaq mentionne explicitement deux maux : les naffathat fi al-'uqad (celles qui soufflent sur les nœuds), une référence directe à la sorcellerie, et le hasid (l'envieux), source du mauvais œil. Les exégètes expliquent que cette sourate a été révélée lorsque le Prophète ﷺ fut lui-même victime de sorcellerie de la part de Labid ibn al-A'sam, comme le rapportent les recueils authentiques.

قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ النَّاسِ ۝ مَلِكِ النَّاسِ ۝ إِلَٰهِ النَّاسِ ۝ مِن شَرِّ الْوَسْوَاسِ الْخَنَّاسِ ۝ الَّذِي يُوَسْوِسُ فِي صُدُورِ النَّاسِ ۝ مِنَ الْجِنَّةِ وَالنَّاسِ

« Dis : je cherche refuge auprès du Seigneur des hommes, le Souverain des hommes, le Dieu des hommes, contre le mal du tentateur furtif, qui souffle le mal dans les poitrines des hommes, qu'il soit parmi les djinns ou parmi les hommes. »

Coran, sourate An-Nas (114:1-6)

Sourate An-Nas complète la protection en mentionnant le waswas (le tentateur), qu'il soit djinn ou humain. Les deux sourates, appelées al-mu'awwidhatayn (les deux protectrices), forment ensemble un rempart complet contre les maux spirituels. Le Prophète ﷺ a enseigné qu'il n'y a pas de meilleure protection que ces deux sourates, comme nous le verrons dans les hadiths suivants.

Le mauvais œil (al-'ayn) est une réalité

Le mauvais œil n'est ni une superstition ni une croyance populaire : c'est une réalité confirmée par le Prophète ﷺ à travers plusieurs hadiths authentiques. Il désigne l'effet nocif produit par le regard d'une personne envieuse ou admiratrice qui ne mentionne pas le nom d'Allah. Les hadiths suivants établissent clairement sa réalité et les moyens de s'en prémunir.

1Le mauvais œil est une réalité

Rapporte par Ibn 'Abbas

الْعَيْنُ حَقٌّ وَلَوْ كَانَ شَيْءٌ سَابَقَ الْقَدَرَ سَبَقَتْهُ الْعَيْنُ وَإِذَا اسْتُغْسِلْتُمْ فَاغْسِلُوا

Traduction

« Le mauvais œil est une réalité. S'il y avait une chose qui pouvait devancer le destin, ce serait le mauvais œil. Et lorsqu'on vous demande de vous laver (pour annuler l'effet du mauvais œil), alors lavez-vous. »

Sahih Muslim, n°2188Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith est l'un des plus explicites sur la réalité du mauvais œil. Le Prophète ﷺ utilise une hyperbole puissante : si quelque chose pouvait dépasser le qadar (le destin d'Allah), ce serait le mauvais œil. Cela montre la gravité de son effet, tout en rappelant que rien ne se produit sans la permission d'Allah. La seconde partie du hadith prescrit un remède : le ghusl (lavage rituel) de celui qui est suspecté d'avoir porté le mauvais œil, dont l'eau est ensuite versée sur la personne atteinte.

2Le mauvais œil fait entrer l'homme dans la tombe

Rapporte par Jabir ibn 'Abdillah

أَكْثَرُ مَنْ يَمُوتُ مِنْ أُمَّتِي بَعْدَ قَضَاءِ اللَّهِ وَقَدَرِهِ بِالْعَيْنِ

Traduction

« La plupart de ceux qui meurent dans ma communauté, après le décret d'Allah et Son destin, meurent à cause du mauvais œil. »

Musnad al-Bazzar — authentifié par Al-Albani dans Sahih al-Jami', n°1206Hasan (bon)

Explication

Ce hadith souligne la fréquence et la dangerosité du mauvais œil. Le Prophète ﷺ précise « après le décret d'Allah » pour rappeler que tout se produit par la volonté divine, mais que le mauvais œil est l'une des causes les plus courantes de maladie et de mort dans la communauté. Les savants y voient un appel à la vigilance et à la pratique régulière des adhkar de protection.

3Le Prophète ﷺ ordonne la roqya contre le mauvais œil

Rapporte par Aisha

أَمَرَنِي رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ أَوْ أَمَرَ أَنْ يُسْتَرْقَى مِنَ الْعَيْنِ

Traduction

« Le Messager d'Allah ﷺ m'a ordonné — ou a ordonné — de pratiquer la roqya contre le mauvais œil. »

Sahih Al-Bukhari, n°5738 — Sahih Muslim, n°2195Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith montre que le Prophète ﷺ ne s'est pas contenté de confirmer l'existence du mauvais œil : il a prescrit un remède concret, la roqya. L'ordre donné à Aisha indique que la roqya n'est pas réservée aux hommes ni aux savants. Chaque musulman peut la pratiquer sur lui-même et sur ses proches, à condition de se limiter aux paroles du Coran et de la Sunna.

Ces trois hadiths établissent un cadre clair : le mauvais œil est réel, ses effets peuvent être graves, et la roqya est le remède prescrit par le Prophète ﷺ. Il ne s'agit ni de panique ni de paranoïa, mais d'une prise de conscience accompagnée de moyens de protection légitimes. Pour approfondir les invocations de protection, consultez notre article sur les douas de protection contre le mauvais œil.

La sorcellerie (sihr) dans les hadiths

La sorcellerie est un péché majeur en islam, classé parmi les sept péchés destructeurs (al-mubiqat). Le Prophète ﷺ a mis en garde contre sa pratique et contre le recours aux sorciers, tout en montrant que la protection réside dans le Coran et les invocations prophétiques. Les hadiths suivants traitent de la gravité de la sorcellerie et de l'épisode où le Prophète ﷺ fut lui-même victime de sihr.

4La sorcellerie parmi les sept péchés destructeurs

Rapporte par Abu Hurayra

اجْتَنِبُوا السَّبْعَ الْمُوبِقَاتِ قَالُوا يَا رَسُولَ اللَّهِ وَمَا هُنَّ قَالَ الشِّرْكُ بِاللَّهِ وَالسِّحْرُ...

Traduction

« Évitez les sept péchés destructeurs. Ils dirent : ô Messager d'Allah, quels sont-ils ? Il dit : l'associationnisme (shirk), la sorcellerie (sihr), tuer une âme qu'Allah a rendue sacrée sauf à bon droit, manger l'usure (riba), manger les biens de l'orphelin, fuir le jour du combat, et accuser de fornication les femmes chastes et croyantes. »

Sahih Al-Bukhari, n°2766 — Sahih Muslim, n°89Sahih (authentique)

Explication

La sorcellerie est mentionnée immédiatement après le shirk, ce qui illustre sa gravité extrême. Les savants expliquent que le sihr implique nécessairement un pacte avec les djinns, ce qui constitue une forme d'associationnisme. Le sorcier attribue à des forces occultes un pouvoir qui n'appartient qu'à Allah. Ce hadith est la base juridique sur laquelle les quatre écoles de jurisprudence s'appuient pour considérer la sorcellerie comme un acte de mécréance majeur.

5Le Prophète ﷺ ensorcelé par Labid ibn al-A'sam

Rapporte par Aisha

سَحَرَ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ رَجُلٌ مِنْ بَنِي زُرَيْقٍ يُقَالُ لَهُ لَبِيدُ بْنُ الْأَعْصَمِ حَتَّى كَانَ رَسُولُ اللَّهِ يُخَيَّلُ إِلَيْهِ أَنَّهُ كَانَ يَفْعَلُ الشَّيْءَ وَمَا فَعَلَهُ

Traduction

« Un homme des Banu Zurayq, nommé Labid ibn al-A'sam, ensorcela le Messager d'Allah ﷺ au point qu'il croyait avoir fait une chose alors qu'il ne l'avait pas faite. Puis Allah l'en guérit, et il dit : Allah m'a guéri. Deux hommes (des anges) sont venus à moi, l'un s'est assis à ma tête et l'autre à mes pieds. L'un a dit : de quoi souffre cet homme ? L'autre a répondu : il est ensorcelé. Il a dit : qui l'a ensorcelé ? Il a répondu : Labid ibn al-A'sam. »

Sahih Al-Bukhari, n°5763 — Sahih Muslim, n°2189Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith rapporte un événement historique majeur : le Prophète ﷺ lui-même fut victime de sorcellerie. Cela prouve que le sihr est réel et peut affecter les meilleurs des hommes. Toutefois, la sorcellerie n'a jamais touché la mission prophétique ni la révélation : elle n'a affecté que certains aspects de sa vie quotidienne. La guérison est venue par la récitation des mu'awwidhatayn (Al-Falaq et An-Nas), selon d'autres narrations. Les savants tirent de cet épisode que la roqya coranique est le remède par excellence contre la sorcellerie.

6Celui qui va chez un devin ou un sorcier

Rapporte par Abu Hurayra

مَنْ أَتَى عَرَّافًا أَوْ كَاهِنًا فَصَدَّقَهُ بِمَا يَقُولُ فَقَدْ كَفَرَ بِمَا أُنْزِلَ عَلَى مُحَمَّدٍ

Traduction

« Quiconque va chez un devin ou un voyant et croit en ce qu'il dit a mécru en ce qui a été révélé à Muhammad ﷺ. »

Sunan Abu Dawud, n°3904 — Musnad Ahmad, n°9532Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith ne concerne pas seulement le sorcier, mais aussi celui qui le consulte. Croire aux paroles d'un devin ou d'un voyant revient à remettre en cause la toute-puissance d'Allah et la vérité du message prophétique. Les savants distinguent deux cas : celui qui consulte un devin par curiosité (dont la prière n'est pas acceptée pendant 40 jours, selon un autre hadith) et celui qui y croit sincèrement (qui tombe dans le kufr). Ce hadith ferme la porte à toute complaisance envers les pratiques occultes.

La position de l'islam est sans ambiguïté : la sorcellerie est réelle, mais elle est absolument interdite. Consulter un sorcier, un voyant ou un charlatan est un péché qui peut atteindre le degré de la mécréance. La seule voie légitime est la roqya par le Coran et la Sunna, comme nous le verrons dans la section suivante. Pour en savoir plus sur la protection en islam, consultez notre article sur la protection contre la sorcellerie en islam.

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La roqya légitime : protection et guérison

La roqya (ruqya char'iyya) est le traitement spirituel prescrit par le Prophète ﷺ. Elle consiste à réciter le Coran, les noms d'Allah et les invocations prophétiques sur le malade ou sur soi-même. Le Prophète ﷺ l'a pratiquée, l'a autorisée et en a fixé les conditions pour la distinguer des pratiques interdites.

7Il n'y a pas de mal dans la roqya tant qu'elle ne contient pas de shirk

Rapporte par 'Awf ibn Malik al-Ashja'i

كُنَّا نَرْقِي فِي الْجَاهِلِيَّةِ فَقُلْنَا يَا رَسُولَ اللَّهِ كَيْفَ تَرَى فِي ذَلِكَ فَقَالَ اعْرِضُوا عَلَيَّ رُقَاكُمْ لَا بَأْسَ بِالرُّقَى مَا لَمْ يَكُنْ فِيهِ شِرْكٌ

Traduction

« Nous pratiquions la roqya à l'époque de l'ignorance (jahiliyya). Nous avons dit : ô Messager d'Allah, qu'en penses-tu ? Il a dit : montrez-moi vos roqya. Il n'y a pas de mal dans la roqya tant qu'elle ne contient pas de shirk (associationnisme). »

Sahih Muslim, n°2200Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith pose la règle fondamentale de la roqya légitime : elle est permise à condition de ne contenir aucune forme de shirk. Le Prophète ﷺ n'a pas interdit la roqya de manière absolue : il l'a encadrée. Les savants en déduisent trois conditions : que les paroles soient en arabe compréhensible, qu'elles ne contiennent pas de shirk, et que le praticien et le malade croient que la guérison vient d'Allah seul. Toute roqya qui utilise des symboles, des incantations incompréhensibles ou invoque des djinns est interdite.

8Le Prophète ﷺ récitait les mu'awwidhatayn chaque nuit

Rapporte par Aisha

كَانَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ إِذَا أَوَى إِلَى فِرَاشِهِ كُلَّ لَيْلَةٍ جَمَعَ كَفَّيْهِ ثُمَّ نَفَثَ فِيهِمَا فَقَرَأَ فِيهِمَا قُلْ هُوَ اللَّهُ أَحَدٌ وَقُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ الْفَلَقِ وَقُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ النَّاسِ ثُمَّ يَمْسَحُ بِهِمَا مَا اسْتَطَاعَ مِنْ جَسَدِهِ يَبْدَأُ بِهِمَا عَلَى رَأْسِهِ وَوَجْهِهِ وَمَا أَقْبَلَ مِنْ جَسَدِهِ يَفْعَلُ ذَلِكَ ثَلَاثَ مَرَّاتٍ

Traduction

« Le Messager d'Allah ﷺ, chaque nuit lorsqu'il se couchait, joignait ses deux mains, soufflait dedans, puis y récitait : Qul Huwa Allahu Ahad, Qul A'udhu bi Rabb il-Falaq et Qul A'udhu bi Rabb in-Nas. Puis il passait ses mains sur tout ce qu'il pouvait de son corps, en commençant par la tête, le visage et l'avant du corps. Il faisait cela trois fois. »

Sahih Al-Bukhari, n°5017Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith décrit la roqya quotidienne du Prophète ﷺ sur lui-même. Il s'agit d'une pratique préventive, pas uniquement curative. Les trois sourates récitées (Al-Ikhlas, Al-Falaq, An-Nas) forment un rempart contre le shirk, la sorcellerie et le waswas. Le geste de souffler dans les mains puis de les passer sur le corps est une sunna que chaque musulman peut reproduire. Aisha rapporte qu'elle faisait de même pour le Prophète ﷺ lorsqu'il était malade, en utilisant ses propres mains par recherche de la baraka de la main du Prophète.

9La roqya de Jibril au Prophète ﷺ

Rapporte par Abu Sa'id al-Khudri

أَنَّ جِبْرِيلَ أَتَى النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَقَالَ يَا مُحَمَّدُ اشْتَكَيْتَ فَقَالَ نَعَمْ قَالَ بِاسْمِ اللَّهِ أَرْقِيكَ مِنْ كُلِّ شَيْءٍ يُؤْذِيكَ مِنْ شَرِّ كُلِّ نَفْسٍ أَوْ عَيْنِ حَاسِدٍ اللَّهُ يَشْفِيكَ بِاسْمِ اللَّهِ أَرْقِيكَ

Traduction

« Jibril (Gabriel) vint au Prophète ﷺ et dit : ô Muhammad, es-tu souffrant ? Il répondit : oui. Jibril dit : au nom d'Allah, je te fais la roqya contre tout ce qui te nuit, contre le mal de toute âme ou œil envieux. Qu'Allah te guérisse, au nom d'Allah je te fais la roqya. »

Sahih Muslim, n°2186Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith rapporte la roqya pratiquée par Jibril lui-même sur le Prophète ﷺ. Il donne un modèle d'invocation de roqya : commencer par le nom d'Allah, demander la protection contre tout mal, mentionner spécifiquement le mauvais œil, et attribuer la guérison à Allah seul. Les savants utilisent ce hadith pour enseigner la formulation correcte de la roqya. Il montre aussi que le Prophète ﷺ, malgré son rang, avait besoin de la protection d'Allah, ce qui enseigne l'humilité à tout croyant.

La roqya légitime se résume à trois principes : réciter les paroles d'Allah et de Son Messager, croire que la guérison vient d'Allah seul, et ne rien y mélanger de shirk ou de pratiques suspectes. Le musulman n'a pas besoin d'un intermédiaire pour pratiquer la roqya : il peut la faire sur lui-même et sur ses proches. Pour découvrir les invocations de protection quotidiennes, consultez nos articles sur les douas contre la sorcellerie et les djinns.

Ce qui est interdit : talismans, amulettes et charlatans

Si la roqya légitime est encouragée, le Prophète ﷺ a fermement interdit les pratiques qui relèvent du shirk, même lorsqu'elles sont présentées sous une apparence religieuse. Le port d'amulettes, le recours aux talismans, les fils noués et les pendentifs censés protéger sont autant de pratiques condamnées par la Sunna.

10Quiconque porte une amulette a commis du shirk

Rapporte par 'Uqba ibn 'Amir

مَنْ تَعَلَّقَ تَمِيمَةً فَقَدْ أَشْرَكَ

Traduction

« Quiconque porte une amulette (tamima) a commis du shirk (associationnisme). »

Musnad Ahmad, n°17422 — authentifié par Al-AlbaniSahih (authentique)

Explication

Ce hadith est catégorique : porter une amulette est un acte de shirk. La tamima désigne tout objet porté dans le but de repousser le mal ou d'attirer le bien, qu'il s'agisse de pierres, de fils, de perles ou de pendentifs contenant des écritures. Les savants distinguent le shirk majeur (attribuer le pouvoir de protection à l'objet lui-même) du shirk mineur (croire que l'objet est une cause de protection sans l'attribuer à Allah). Dans les deux cas, la pratique est interdite. Même les amulettes contenant des versets coraniques sont déconseillées par la majorité des savants, par précaution.

11Les fils et les anneaux comme protection sont du shirk

Rapporte par Hudhayfa ibn al-Yaman

رَأَى النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ رَجُلًا فِي يَدِهِ حَلْقَةٌ مِنْ صُفْرٍ فَقَالَ مَا هَذِهِ قَالَ مِنَ الْوَاهِنَةِ فَقَالَ انْزِعْهَا فَإِنَّهَا لَا تَزِيدُكَ إِلَّا وَهْنًا فَإِنَّكَ لَوْ مُتَّ وَهِيَ عَلَيْكَ مَا أَفْلَحْتَ أَبَدًا

Traduction

« Le Prophète ﷺ vit un homme portant un anneau de laiton à la main. Il dit : qu'est-ce que ceci ? L'homme répondit : c'est contre la wahina (une douleur). Le Prophète dit : enlève-le, car il ne t'ajoutera que de la faiblesse. Si tu mourais en le portant, tu ne réussirais jamais. »

Musnad Ahmad, n°18814 — Sunan Ibn Majah, n°3531Hasan (bon)

Explication

Ce hadith montre le Prophète ﷺ en train de corriger une pratique courante chez les Arabes : porter des anneaux ou des bracelets comme remèdes. L'avertissement est sévère : non seulement l'objet n'apporte aucune guérison, mais il ajoute de la faiblesse, car il détourne la confiance de la personne d'Allah vers un objet inerte. La menace finale — « tu ne réussirais jamais » — illustre la gravité de mourir en portant un objet de shirk. Ce hadith est la base de l'interdiction de tous les bracelets, fils et bijoux portés dans un but de protection.

La frontière entre la roqya légitime et les pratiques interdites est claire : tout ce qui détourne la confiance d'Allah vers un objet, un être humain ou une force occulte relève du shirk. Le musulman place sa confiance (tawakkul) en Allah seul et utilise les moyens qu'Il a autorisés : le Coran, les invocations et la médecine. Pour approfondir le sujet de la médecine prophétique, consultez notre article sur les hadiths sur la médecine prophétique en islam.

Ce que disent les savants sur la sorcellerie et la roqya

Les grands savants de l'islam ont consacré des chapitres entiers de leurs ouvrages à la question de la sorcellerie, du mauvais œil et de la roqya. Leurs commentaires éclairent les hadiths et fixent les règles de la pratique légitime.

« La sorcellerie est réelle, elle a une existence concrète. Elle peut rendre malade, tuer, séparer les époux et altérer la raison. Cependant, elle ne se produit que par la permission d'Allah. Le remède se trouve dans le Coran et les invocations authentiques, et aucun sorcier ne peut surpasser la protection divine. »

— Imam An-Nawawi, Sharh Sahih Muslim

« La roqya est de trois types : celle qui est permise, celle qui est obligatoire et celle qui est interdite. Celle qui est permise est la récitation du Coran et des invocations prophétiques. Celle qui est obligatoire est le cas où une personne peut sauver un musulman par la roqya et ne le fait pas. Celle qui est interdite est ce qui contient du shirk, des incantations en langue inconnue ou le recours aux djinns. »

— Ibn Taymiyya, Majmu' al-Fatawa

« Le mauvais œil est l'une des plus grandes épreuves de cette communauté. Sa cause est l'admiration non accompagnée de la mention d'Allah. Le remède est de dire « Ma sha Allah, la quwwata illa billah » et de pratiquer la roqya. Quant à celui qui est reconnu pour porter le mauvais œil, il doit être éloigné et on peut l'obliger à faire le ghusl dont l'eau sera versée sur la personne atteinte. »

— Ibn al-Qayyim, Zad al-Ma'ad

Ces commentaires de savants montrent que la question de la sorcellerie et du mauvais œil est traitée avec rigueur dans la tradition islamique. Les savants ne nient pas leur existence, mais encadrent strictement les moyens de s'en protéger et de s'en soigner. Toute pratique qui sort du cadre coranique et prophétique est rejetée, quel que soit l'habit religieux dont elle se pare.

Leçons pratiques pour le musulman

L'ensemble des hadiths présentés permet de dégager des leçons concrètes pour la vie spirituelle du musulman face à la sorcellerie et au mauvais œil :

1

Réciter les adhkar matin et soir sans interruption

Les invocations quotidiennes constituent le premier rempart contre le mauvais œil et la sorcellerie. Les mu'awwidhatayn, Ayat al-Kursi et sourate Al-Ikhlas récitées trois fois chaque matin et chaque soir protègent le croyant par la permission d'Allah.

2

Pratiquer la roqya sur soi-même et ses enfants

Pas besoin d'un intermédiaire ni d'un « raqui » professionnel. Le Prophète ﷺ faisait la roqya lui-même chaque nuit. Réciter le Coran, souffler dans ses mains et les passer sur le corps est une sunna accessible à tous.

3

Dire « Ma sha Allah » devant ce qui plaît

Mentionner le nom d'Allah devant ce qui suscite l'admiration protège de porter involontairement le mauvais œil. C'est une adab (bienséance) prophétique qui rappelle que tout bienfait vient d'Allah.

4

Ne jamais consulter de sorcier, voyant ou charlatan

Même en cas de souffrance, le recours à un sorcier ou un devin est un péché majeur qui peut atteindre le degré de la mécréance. Le musulman se tourne vers Allah, le Coran et la médecine licite.

5

Se débarrasser de toute amulette et talisman

Bracelets, fils, pendentifs, pierres, anneaux portés dans un but de protection : tout cela doit être retiré. La confiance ne se place qu'en Allah, et ces objets n'apportent que faiblesse et éloignement de la protection divine.

6

Réciter sourate Al-Baqara régulièrement à la maison

Le Prophète ﷺ a informé que les shayatins fuient la maison où sourate Al-Baqara est récitée. Maintenir une récitation régulière du Coran dans le foyer est un moyen de purification spirituelle du lieu de vie.

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Questions fréquentes

Oui, le mauvais œil (al-’ayn) est une réalité confirmée par le Prophète ‘alayhi salatu wa salam. Il a dit : « Le mauvais œil est une réalité » (Bukhari 5740, Muslim 2187). Ibn Abbas rapporte également que le Prophète a ordonné la roqya contre le mauvais œil. Les savants sont unanimes sur sa réalité, tout en rappelant que seul Allah détient le pouvoir de nuire et de guérir.

La roqya légitime (char’iyya) consiste à réciter le Coran, les invocations prophétiques et les noms d’Allah pour demander la guérison à Allah seul. La sorcellerie (sihr), en revanche, fait appel aux djinns ou à des forces occultes et constitue un acte de mécréance (kufr). La roqya se pratique en langue arabe compréhensible, sans amulettes ni talismans, tandis que la sorcellerie implique des rituels interdits et des paroles incompréhensibles.

Les sourates les plus recommandées sont Al-Fatiha, Ayat al-Kursi (Al-Baqara 2:255), les deux derniers versets de sourate Al-Baqara, et les trois dernières sourates du Coran (Al-Ikhlas, Al-Falaq, An-Nas). Le Prophète récitait les mu’awwidhatayn (Al-Falaq et An-Nas) chaque soir avant de dormir et soufflait dans ses mains, comme le rapporte Aisha (Bukhari 5017).

Non, porter des amulettes (tama’im) contenant autre chose que le Coran est interdit selon la majorité des savants. Le Prophète a dit : « Quiconque porte une amulette a commis du shirk » (Ahmad 17422). Même les amulettes coraniques font l’objet d’un désaccord : certains compagnons les autorisaient, mais la majorité des savants les déconseillent par précaution afin de fermer la porte au shirk.

Le Prophète a enseigné plusieurs moyens de protection : réciter les adhkar du matin et du soir, dire « Ma sha Allah, la quwwata illa billah » devant ce qui plaît, réciter les mu’awwidhatayn avant de dormir, faire la roqya sur soi-même et sur ses enfants, et placer sa confiance en Allah (tawakkul). Il est aussi recommandé de réciter sourate Al-Baqara régulièrement dans la maison.

Oui, la sorcellerie fait partie des sept péchés destructeurs (al-mubiqat) mentionnés par le Prophète aux côtés du shirk et du meurtre (Bukhari 2766, Muslim 89). Pratiquer la sorcellerie est un acte de mécréance car elle implique le recours aux djinns et aux forces occultes. Le sorcier encourt la peine la plus sévère selon les quatre écoles de jurisprudence.

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