À retenir
- La tristesse n'est pas un péché en islam : le Prophète ﷺ lui-même a connu le chagrin et a pleuré lors de la perte de ses proches.
- Toute affliction, même la piqûre d'une épine, est une cause d'expiation des péchés pour le croyant qui patiente.
- Le Prophète ﷺ a enseigné des invocations spécifiques contre la tristesse et l'anxiété, à réciter quotidiennement.
- Après chaque difficulté vient un soulagement : c'est une promesse divine répétée dans le Coran et confirmée par la Sunna.
Contexte coranique de la tristesse en islam
Le Coran aborde la tristesse avec une profondeur remarquable. Allah reconnaît la douleur humaine, console Ses serviteurs et leur promet le soulagement. Plusieurs versets posent les fondements sur lesquels s'appuient les hadiths du Prophète ﷺ concernant le chagrin et la patience.
فَإِنَّ مَعَ الْعُسْرِ يُسْرًا إِنَّ مَعَ الْعُسْرِ يُسْرًا
« Car certes, avec la difficulté vient la facilité. Certes, avec la difficulté vient la facilité. »
— Coran, sourate Ash-Sharh (94:5-6)
La répétition de cette promesse divine souligne sa certitude absolue. Les savants notent qu'Allah a utilisé le défini pour « la difficulté » (al-'usr) et l'indéfini pour « une facilité » (yusran), ce qui signifie, selon la règle linguistique arabe, qu'une seule difficulté ne peut vaincre deux facilités.
وَلَا تَهِنُوا وَلَا تَحْزَنُوا وَأَنتُمُ الْأَعْلَوْنَ إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ
« Ne vous laissez pas abattre, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais croyants. »
— Coran, sourate Al-Imran (3:139)
Ce verset, révélé après la défaite d'Uhud, montre qu'Allah ne reproche pas aux croyants de ressentir la tristesse, mais les exhorte à ne pas s'y noyer. La foi est présentée comme un rempart contre le désespoir. La tristesse est reconnue comme une réalité humaine, mais elle ne doit pas devenir un état permanent qui paralyse le croyant.
أَلَا بِذِكْرِ اللَّهِ تَطْمَئِنُّ الْقُلُوبُ
« N'est-ce pas par le rappel d'Allah que les coeurs se tranquillisent ? »
— Coran, sourate Ar-Ra'd (13:28)
Ce verset fondamental établit le dhikr comme remède souverain contre la tristesse. Les hadiths que nous allons découvrir détaillent les formes concrètes de ce rappel : invocations spécifiques, patience, acceptation du décret divin et espoir en la miséricorde d'Allah.
La tristesse expie les péchés du croyant
L'un des enseignements les plus consolants de la Sunna est que la tristesse et les afflictions du croyant ne sont jamais vaines. Chaque douleur, aussi minime soit-elle, est une cause de purification et d'expiation des péchés. Le Prophète ﷺ a affirmé ce principe à plusieurs reprises.
1Toute affliction est une expiation
Rapporte par Abu Sa'id al-Khudri et Abu Hurayra
مَا يُصِيبُ الْمُسْلِمَ مِنْ نَصَبٍ وَلَا وَصَبٍ وَلَا هَمٍّ وَلَا حُزْنٍ وَلَا أَذًى وَلَا غَمٍّ حَتَّى الشَّوْكَةِ يُشَاكُهَا إِلَّا كَفَّرَ اللَّهُ بِهَا مِنْ خَطَايَاهُ
Traduction
« Aucune fatigue, maladie, souci, tristesse, gêne ou chagrin n'atteint le musulman, pas même une épine qui le pique, sans qu'Allah ne lui efface par cela une partie de ses péchés. »
Explication
Ce hadith est l'un des plus consolants de toute la Sunna. Le Prophète ﷺ énumère six types d'afflictions — de la plus grave à la plus légère — et conclut par l'image de l'épine pour montrer que rien n'est perdu. Le terme « huzn » (tristesse) est explicitement mentionné. Les savants expliquent que cette expiation est automatique pour le croyant qui patiente, sans qu'il ait besoin de la rechercher. Ce hadith transforme la vision du croyant sur ses souffrances : elles deviennent un moyen de purification.
2Les larmes du Prophète ﷺ à la mort de son fils Ibrahim
Rapporte par Anas ibn Malik
إِنَّ الْعَيْنَ تَدْمَعُ وَالْقَلْبَ يَحْزَنُ وَلَا نَقُولُ إِلَّا مَا يَرْضَى رَبُّنَا وَإِنَّا بِفِرَاقِكَ يَا إِبْرَاهِيمُ لَمَحْزُونُونَ
Traduction
« L'oeil pleure, le coeur est triste, mais nous ne disons que ce qui plaît à notre Seigneur. Et nous sommes, par ta séparation, ô Ibrahim, certes affligés. »
Explication
Ce hadith est un témoignage poignant de la tristesse du Prophète ﷺ à la mort de son fils Ibrahim. Il montre que la tristesse et les larmes sont des réactions naturelles et permises. La phrase « nous ne disons que ce qui plaît à notre Seigneur » établit la limite : la tristesse ne doit pas conduire à des paroles de révolte contre le décret divin. Le Prophète ﷺ donne ici l'exemple parfait de l'équilibre entre l'émotion humaine et la soumission à Allah.
3La fièvre purifie les péchés comme le soufflet purifie le fer
Rapporte par Jabir ibn Abdillah
قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ لِأُمِّ السَّائِبِ أَوْ أُمِّ الْمُسَيَّبِ: لَا تَسُبِّي الْحُمَّى فَإِنَّهَا تُذْهِبُ خَطَايَا ابْنِ آدَمَ كَمَا يُذْهِبُ الْكِيرُ خَبَثَ الْحَدِيدِ
Traduction
« Le Messager d'Allah ﷺ a dit à Umm as-Sa'ib : « Ne maudis pas la fièvre, car elle efface les péchés du fils d'Adam comme le soufflet efface les impuretés du fer. » »
Explication
Ce hadith utilise la métaphore du forgeron pour illustrer le processus de purification par l'épreuve. De même que le fer doit être chauffé pour être débarrassé de ses impuretés, le croyant est purifié par les afflictions. Le Prophète ﷺ corrige la réaction naturelle de maudire la maladie et invite à y voir une miséricorde cachée. Ce principe s'étend à toutes les formes de tristesse et de douleur.
Ces hadiths établissent un principe fondamental : la souffrance du croyant n'est jamais vaine aux yeux d'Allah. Pour approfondir la notion d'épreuve et de patience dans la Sunna, consultez notre article sur les hadiths sur la patience face aux épreuves.
Invocations prophétiques contre la tristesse
Le Prophète ﷺ n'a pas seulement consolé les croyants par des paroles générales : il leur a enseigné des invocations précises à réciter lorsque la tristesse les envahit. Ces du'a sont des remèdes spirituels transmis par la Révélation et la guidance prophétique.
4La du'a contre le souci et la tristesse
Rapporte par Anas ibn Malik
اللَّهُمَّ إِنِّي أَعُوذُ بِكَ مِنَ الْهَمِّ وَالْحَزَنِ وَالْعَجْزِ وَالْكَسَلِ وَالْبُخْلِ وَالْجُبْنِ وَضَلَعِ الدَّيْنِ وَغَلَبَةِ الرِّجَالِ
Traduction
« Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre le souci et la tristesse, l'incapacité et la paresse, l'avarice et la lâcheté, le poids des dettes et la domination des hommes. »
Explication
Cette invocation est l'une des plus célèbres de la Sunna. Le Prophète ﷺ la récitait fréquemment. Elle associe le souci (al-hamm, tourné vers l'avenir) et la tristesse (al-hazan, tournée vers le passé), couvrant ainsi les deux dimensions temporelles de l'affliction. Les savants notent que ces huit maux sont regroupés par paires complémentaires. Chercher refuge auprès d'Allah signifie reconnaître son impuissance et s'en remettre à Sa puissance.
5L'invocation qui dissipe la tristesse
Rapporte par Abdallah ibn Mas'ud
مَا أَصَابَ أَحَدًا قَطُّ هَمٌّ وَلَا حَزَنٌ فَقَالَ اللَّهُمَّ إِنِّي عَبْدُكَ وَابْنُ عَبْدِكَ وَابْنُ أَمَتِكَ نَاصِيَتِي بِيَدِكَ مَاضٍ فِيَّ حُكْمُكَ عَدْلٌ فِيَّ قَضَاؤُكَ أَسْأَلُكَ بِكُلِّ اسْمٍ هُوَ لَكَ سَمَّيْتَ بِهِ نَفْسَكَ أَوْ أَنْزَلْتَهُ فِي كِتَابِكَ أَوْ عَلَّمْتَهُ أَحَدًا مِنْ خَلْقِكَ أَوِ اسْتَأْثَرْتَ بِهِ فِي عِلْمِ الْغَيْبِ عِنْدَكَ أَنْ تَجْعَلَ الْقُرْآنَ رَبِيعَ قَلْبِي وَنُورَ صَدْرِي وَجَلَاءَ حُزْنِي وَذَهَابَ هَمِّي إِلَّا أَذْهَبَ اللَّهُ هَمَّهُ وَحَزَنَهُ وَأَبْدَلَهُ مَكَانَهُ فَرَحًا
Traduction
« Aucune personne n'est frappée de souci ou de tristesse et dit : « Ô Allah, je suis Ton serviteur, fils de Ton serviteur, fils de Ta servante. Mon toupet est dans Ta main. Ton jugement s'accomplit sur moi. Ton décret à mon égard est juste. Je Te demande par chaque nom qui T'appartient, par lequel Tu T'es nommé, que Tu as révélé dans Ton Livre, que Tu as enseigné à l'une de Tes créatures, ou que Tu as gardé dans la science de l'invisible auprès de Toi, de faire du Coran le printemps de mon coeur, la lumière de ma poitrine, la dissipation de ma tristesse et la disparition de mon souci », sans qu'Allah ne dissipe son souci et sa tristesse et ne les remplace par la joie. »
Explication
Cette du'a est considérée par les savants comme l'une des plus puissantes contre la tristesse. Elle commence par la reconnaissance de la servitude envers Allah, puis l'acceptation totale de Son décret, avant de demander que le Coran devienne source de joie. L'expression « le printemps de mon coeur » est remarquable : le printemps est la saison du renouveau après l'hiver. Le Prophète ﷺ garantit que quiconque récite cette invocation avec sincérité verra sa tristesse remplacée par la joie.
6L'invocation de détresse : la ilaha illa Anta
Rapporte par Sa'd ibn Abi Waqqas
دَعْوَةُ ذِي النُّونِ إِذْ دَعَا وَهُوَ فِي بَطْنِ الْحُوتِ لَا إِلَهَ إِلَّا أَنْتَ سُبْحَانَكَ إِنِّي كُنْتُ مِنَ الظَّالِمِينَ فَإِنَّهُ لَمْ يَدْعُ بِهَا رَجُلٌ مُسْلِمٌ فِي شَيْءٍ قَطُّ إِلَّا اسْتَجَابَ اللَّهُ لَهُ
Traduction
« L'invocation de Dhun-Nun (Yunus) lorsqu'il invoqua dans le ventre du poisson : « Il n'y a de divinité que Toi, gloire à Toi, j'ai certes été parmi les injustes » — aucun musulman n'invoque par elle pour quoi que ce soit sans qu'Allah ne lui réponde. »
Explication
Cette invocation de Yunus (Jonas), paix sur lui, est un remède universel pour toute détresse. Le prophète Yunus l'a prononcée dans les ténèbres les plus profondes — le ventre de la baleine, les profondeurs de la mer, l'obscurité de la nuit — et Allah l'a sauvé. Le Prophète Muhammad ﷺ garantit que cette du'a est toujours exaucée. Les savants y voient la combinaison parfaite : le tawhid (unicité d'Allah), le tasbih (glorification) et l'aveu de ses propres fautes.
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Découvrir la formationLa patience dans le chagrin selon la Sunna
La patience (sabr) est la réponse que l'islam prescrit face à la tristesse. Elle ne signifie pas l'insensibilité, mais la maîtrise de soi et la confiance en Allah malgré la douleur. Le Prophète ﷺ a enseigné que la vraie patience se manifeste au premier choc de l'épreuve.
7La patience se manifeste au premier choc
Rapporte par Anas ibn Malik
إِنَّمَا الصَّبْرُ عِنْدَ الصَّدْمَةِ الْأُولَى
Traduction
« La patience (véritable) se manifeste au premier choc (de l'épreuve). »
Explication
Le Prophète ﷺ a prononcé ces paroles en voyant une femme pleurer sur une tombe. Ce hadith enseigne que la vraie patience n'est pas celle qui vient après coup, lorsque la douleur s'est atténuée avec le temps — cela, tout le monde en est capable. La patience méritoire est celle qui s'exerce au moment même de l'épreuve, quand la douleur est la plus vive. C'est à cet instant que le croyant se distingue par sa soumission au décret d'Allah.
8La récompense de celui qui perd un être cher
Rapporte par Abu Hurayra
يَقُولُ اللَّهُ تَعَالَى مَا لِعَبْدِي الْمُؤْمِنِ عِنْدِي جَزَاءٌ إِذَا قَبَضْتُ صَفِيَّهُ مِنْ أَهْلِ الدُّنْيَا ثُمَّ احْتَسَبَهُ إِلَّا الْجَنَّةُ
Traduction
« Allah le Très-Haut dit : « Je n'ai d'autre récompense pour Mon serviteur croyant, lorsque Je reprends l'âme de celui qu'il aime parmi les gens de ce monde et qu'il patiente en espérant la récompense, que le Paradis. » »
Explication
Ce hadith qudsi (parole divine rapportée par le Prophète ﷺ) est d'une consolation immense. Allah Lui-même promet le Paradis à celui qui perd un être cher et patiente en espérant la récompense divine (ihtisab). Le terme « safiyyahu » désigne l'être le plus cher au coeur : un enfant, un parent, un conjoint, un ami intime. La condition est double : patienter et espérer la récompense d'Allah, ce qui transforme la douleur en acte d'adoration.
9Ce bas monde est une prison pour le croyant
Rapporte par Abu Hurayra
الدُّنْيَا سِجْنُ الْمُؤْمِنِ وَجَنَّةُ الْكَافِرِ
Traduction
« Ce bas monde est une prison pour le croyant et un paradis pour le mécréant. »
Explication
Ce hadith ne signifie pas que le croyant doit vivre dans la misère, mais que ce monde, comparé au Paradis qui l'attend, est comme une prison face à la liberté éternelle. Pour le croyant, les restrictions de ce monde (interdictions, épreuves, obligations) sont temporaires. Pour celui qui ne croit pas, ce monde est le meilleur qu'il connaîtra. Les savants expliquent que ce hadith console le croyant en lui rappelant que les difficultés d'ici-bas sont le prix d'une félicité sans fin dans l'au-delà.
Le croyant face aux épreuves : les plus testés
L'islam enseigne que l'épreuve n'est pas un signe de colère divine, mais souvent un signe d'élection et d'amour. Le Prophète ﷺ a expliqué que les plus éprouvés sont les plus proches d'Allah, et que l'année de la tristesse qu'il a lui-même vécue illustre cette réalité.
10Les gens les plus éprouvés sont les prophètes
Rapporte par Mus'ab ibn Sa'd
أَشَدُّ النَّاسِ بَلَاءً الْأَنْبِيَاءُ ثُمَّ الْأَمْثَلُ فَالْأَمْثَلُ يُبْتَلَى الرَّجُلُ عَلَى حَسَبِ دِينِهِ فَإِنْ كَانَ فِي دِينِهِ صُلْبًا اشْتَدَّ بَلَاؤُهُ وَإِنْ كَانَ فِي دِينِهِ رِقَّةٌ ابْتُلِيَ عَلَى حَسَبِ دِينِهِ فَمَا يَبْرَحُ الْبَلَاءُ بِالْعَبْدِ حَتَّى يَتْرُكَهُ يَمْشِي عَلَى الْأَرْضِ وَمَا عَلَيْهِ خَطِيئَةٌ
Traduction
« Les gens les plus éprouvés sont les prophètes, puis les meilleurs après eux, puis les meilleurs. L'homme est éprouvé selon (la force de) sa religion. Si sa religion est solide, son épreuve est intensifiée. Si sa religion est faible, il est éprouvé selon (le niveau de) sa religion. L'épreuve ne cesse d'atteindre le serviteur jusqu'à le laisser marcher sur terre sans aucun péché. »
Explication
Ce hadith renverse la perspective humaine sur la souffrance. L'épreuve n'est pas un châtiment mais un honneur proportionnel à la foi. Les prophètes, qui sont les meilleurs des hommes, sont les plus éprouvés. Le hadith se termine par une promesse extraordinaire : l'épreuve continue jusqu'à ce que le serviteur soit entièrement purifié de ses péchés. Les savants y voient la preuve que la tristesse et l'épreuve sont des moyens d'élévation spirituelle.
11Quand Allah aime un serviteur, Il l'éprouve
Rapporte par Anas ibn Malik
إِنَّ عِظَمَ الْجَزَاءِ مَعَ عِظَمِ الْبَلَاءِ وَإِنَّ اللَّهَ إِذَا أَحَبَّ قَوْمًا ابْتَلَاهُمْ فَمَنْ رَضِيَ فَلَهُ الرِّضَا وَمَنْ سَخِطَ فَلَهُ السَّخَطُ
Traduction
« La grandeur de la récompense va avec la grandeur de l'épreuve. Et lorsqu'Allah aime un peuple, Il l'éprouve. Celui qui agrée (l'épreuve) obtiendra l'agrément (d'Allah), et celui qui s'irrite obtiendra la colère (d'Allah). »
Explication
Ce hadith établit un lien direct entre l'amour d'Allah et l'épreuve. Il présente deux réactions possibles face à la tristesse : l'agrément (rida) et l'irritation (sakhat). Celui qui accepte l'épreuve avec patience et confiance en Allah obtient Son agrément éternel. Celui qui se révolte et s'irrite perd la récompense et encourt la colère divine. Le croyant est donc invité à choisir sa réponse, car c'est elle qui détermine son destin.
Le soulagement après la difficulté
L'islam ne laisse jamais le croyant sans espoir. Après avoir enseigné la patience et les invocations, le Prophète ﷺ a affirmé avec certitude que le soulagement accompagne toujours la difficulté. Cette promesse divine est un pilier de la résilience du croyant face à la tristesse.
12Avec la difficulté vient le soulagement
Rapporte par Abdallah ibn Abbas
وَاعْلَمْ أَنَّ النَّصْرَ مَعَ الصَّبْرِ وَأَنَّ الْفَرَجَ مَعَ الْكَرْبِ وَأَنَّ مَعَ الْعُسْرِ يُسْرًا
Traduction
« Et sache que la victoire accompagne la patience, que le soulagement accompagne l'affliction, et qu'avec la difficulté vient la facilité. »
Explication
Ce hadith est extrait d'un long conseil du Prophète ﷺ au jeune Ibn Abbas. Il contient trois principes : la victoire est le fruit de la patience, le soulagement est indissociable de l'affliction, et la facilité accompagne toujours la difficulté. Le mot « avec » (ma'a) est significatif : le soulagement n'arrive pas seulement après la difficulté, il l'accompagne. Les savants y voient la preuve que même au coeur de l'épreuve, des signes de facilité sont présents pour celui qui sait les voir.
13Les pleurs par crainte d'Allah
Rapporte par Abu Hurayra
سَبْعَةٌ يُظِلُّهُمُ اللَّهُ فِي ظِلِّهِ يَوْمَ لَا ظِلَّ إِلَّا ظِلُّهُ ... وَرَجُلٌ ذَكَرَ اللَّهَ خَالِيًا فَفَاضَتْ عَيْنَاهُ
Traduction
« Sept personnes seront sous l'ombre d'Allah le Jour où il n'y aura d'ombre que la Sienne : [...] et un homme qui a évoqué Allah dans la solitude et dont les yeux ont débordé de larmes. »
Explication
Ce hadith montre que les larmes ne sont pas toujours un signe de faiblesse : lorsqu'elles coulent par crainte et amour d'Allah, elles sont un signe de foi profonde récompensé par une protection divine au Jour du Jugement. Le fait qu'elles coulent « dans la solitude » garantit la sincérité de l'émotion. Les savants incluent dans ces larmes celles versées par le croyant qui, dans sa tristesse, se tourne vers Allah avec humilité et espoir.
Ce que disent les savants sur la tristesse et les hadiths
Les grands savants de l'islam ont abondamment commenté les hadiths sur la tristesse. Leurs explications permettent de mieux saisir la portée spirituelle et pratique de ces enseignements prophétiques.
« La tristesse n'est pas un objectif en soi et Allah ne l'a pas ordonnée. Mais elle est inévitable, comme la faim et la soif. Le croyant est récompensé pour sa patience face à elle, non pour l'avoir recherchée. L'objectif est la patience et le recours à Allah. »
— Ibn Taymiyya, Majmu' al-Fatawa
« Le hadith « l'oeil pleure et le coeur est triste » prouve que la tristesse du coeur et les larmes de l'oeil ne contredisent pas la patience. Ce qui contredit la patience, c'est la lamentation, les cris et les paroles de révolte contre le décret divin. »
— Imam An-Nawawi, Sharh Sahih Muslim
« La du'a d'Ibn Mas'ud contre la tristesse contient les plus grands fondements du tawhid : la servitude envers Allah, la soumission à Son décret, la reconnaissance de Sa justice et le recours à Ses noms. Celui qui la comprend et la récite avec sincérité trouvera la guérison de son coeur. »
— Ibn al-Qayyim, Zad al-Ma'ad
Ces commentaires montrent que les hadiths sur la tristesse ne sont pas de simples recommandations morales : ils constituent un véritable programme thérapeutique spirituel. Les savants distinguent clairement entre la tristesse naturelle (permise) et le désespoir (interdit), entre les larmes de patience et les lamentations de révolte.
Enseignements et leçons pratiques
L'ensemble des hadiths présentés dans cet article permet de dégager des leçons concrètes pour le croyant confronté à la tristesse :
Accepter la tristesse comme une émotion naturelle
Le Prophète ﷺ lui-même a pleuré et ressenti le chagrin. La tristesse n'est ni un péché ni un signe de faiblesse de foi. C'est une réalité humaine qu'Allah reconnaît et pour laquelle Il récompense la patience.
Voir dans l'épreuve une purification des péchés
Chaque affliction, même la plus minime, efface des péchés. Le croyant qui patiente transforme sa douleur en source de récompense et de purification devant Allah.
Réciter les invocations prophétiques quotidiennement
Les du'a du Prophète ﷺ contre la tristesse sont des remèdes spirituels éprouvés. Les réciter régulièrement, et non seulement en temps de crise, est une protection préventive contre l'anxiété et le chagrin.
Patienter dès le premier choc de l'épreuve
La vraie patience est celle qui se manifeste au moment même de l'épreuve, pas après coup. C'est à cet instant que le croyant montre sa confiance en Allah et mérite la plus grande récompense.
Garder espoir : le soulagement accompagne la difficulté
La promesse divine est certaine : après chaque difficulté vient une facilité. Le croyant ne doit jamais désespérer de la miséricorde d'Allah, même dans les moments les plus sombres.
Comprendre que l'épreuve est proportionnelle à la foi
Les plus éprouvés sont les plus proches d'Allah. La tristesse intense peut être un signe d'élection divine, à condition de répondre par la patience, l'invocation et l'espoir en la récompense d'Allah.
Faire du Coran le remède du coeur
La du'a d'Ibn Mas'ud demande à Allah de faire du Coran « le printemps du coeur ». La lecture et la méditation du Coran sont le remède souverain contre la tristesse, comme le confirment le verset de la sourate Ar-Ra'd et de nombreux hadiths.
Apprenez l'arabe classique
Comprenez les hadiths sur la tristesse et les invocations dans leur langue originale et approfondissez votre connaissance de l'islam.
Questions fréquentes
Les hadiths les plus importants sur la tristesse incluent celui rapporté par Abu Sa’id al-Khudri sur l’expiation des péchés par toute affliction (Bukhari 5641), la du’a du Prophète contre le souci et la tristesse (Bukhari 6369), et le hadith de Mus’ab ibn Sa’d sur l’épreuve proportionnelle à la foi (Tirmidhi 2398). Ces hadiths couvrent les fondements de la vision islamique du chagrin : purification, invocation et patience.
La du’a la plus connue est : « Allahumma inni a’udhu bika min al-hammi wal-hazani, wal-’ajzi wal-kasali, wal-bukhli wal-jubni, wa dal’i d-dayni wa ghalabati r-rijal » (Bukhari 6369). Elle demande la protection d’Allah contre le souci, la tristesse, l’incapacité, la paresse, l’avarice, la lâcheté, le poids des dettes et la domination des hommes.
Non, la tristesse n’est pas un péché en islam. Le Prophète lui-même a connu la tristesse, notamment lors de l’année de la tristesse (’am al-huzn) après la perte de Khadija et d’Abu Talib. L’islam enseigne que la tristesse est une émotion naturelle qui peut même être source de purification des péchés. Ce qui est demandé au croyant, c’est de ne pas se laisser submerger et de chercher refuge auprès d’Allah.
Le Prophète a vécu des épreuves intenses : la perte de six de ses enfants de son vivant, le décès de son épouse Khadija et de son oncle Abu Talib la même année, les persécutions des Quraysh et la mort de nombreux compagnons. Il pleurait lors de ces épreuves et disait : « L’œil pleure, le cœur est triste, mais nous ne disons que ce qui plaît à notre Seigneur » (Bukhari 1303).
Oui, pleurer est permis et même naturel en islam. Le Prophète a pleuré à la mort de son fils Ibrahim et a dit que c’est une miséricorde qu’Allah place dans le cœur de Ses serviteurs. Ce qui est interdit, c’est la lamentation excessive (niyaha) qui consiste à se frapper, déchirer ses vêtements ou crier de manière incontrôlée. Les pleurs silencieux et les larmes sont une marque de sensibilité, non de faiblesse.
Les hadiths recommandent plusieurs remèdes : réciter les invocations prophétiques contre la tristesse, multiplier le dhikr (rappel d’Allah), lire le Coran, accomplir la prière, se confier à des proches de confiance et patienter en espérant la récompense d’Allah. Le Prophète a aussi enseigné que la du’a d’Abdallah ibn Mas’ud dissipe la tristesse et la remplace par la joie (Ahmad 3712).
Le Prophète a dit : « Les gens les plus éprouvés sont les prophètes, puis les meilleurs parmi les gens, puis les meilleurs » (Tirmidhi 2398). Les savants expliquent que l’épreuve est proportionnelle à la foi car elle est un honneur et une élévation de degré. Plus le croyant est proche d’Allah, plus il est purifié par les épreuves, comme l’or est purifié par le feu.
Non, la tristesse en soi n’est pas un signe de faiblesse de foi. Les prophètes eux-mêmes ont connu la tristesse : Ya’qub a pleuré jusqu’à perdre la vue à cause de la séparation d’avec Yusuf. Ce qui distingue le croyant, c’est sa réaction face à la tristesse : il patiente, invoque Allah, accepte le décret divin et garde espoir en la miséricorde d’Allah, tout en ressentant la douleur naturelle de l’épreuve.
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