Hadiths sur la famille et les liens de parenté en islam

Hadiths sur la famille et les liens de parenté en islam

Les enseignements prophétiques sur silat ar-rahim, le maintien des liens familiaux, les droits des proches et la réconciliation selon la Sunna authentique.

À retenir

  • Le lien de parenté (ar-rahim) est attaché au Trône d'Allah et celui qui le maintient, Allah maintient son lien avec lui.
  • Maintenir les liens de parenté augmente la subsistance (rizq) et prolonge la vie selon les hadiths authentiques.
  • Le vrai mainteneur des liens n'est pas celui qui rend la pareille, mais celui qui renoue quand on rompt avec lui.
  • La rupture des liens de parenté est un péché majeur qui peut priver le musulman de l'entrée au Paradis.

L'importance des liens de parenté en islam

Les liens de parenté occupent une place centrale dans l'islam. Le terme arabe ar-rahim (الرحم) désigne à la fois l'utérus et les liens familiaux, et il dérive de la même racine que ar-Rahman (le Tout Miséricordieux), l'un des plus beaux noms d'Allah. Cette parenté linguistique révèle la sacralité que l'islam confère aux liens familiaux. Le Coran et la Sunna regorgent d'injonctions à maintenir ces liens et d'avertissements sévères contre leur rupture.

Allah dit dans le Coran : « Craignez Allah au nom duquel vous vous implorez mutuellement, et respectez les liens de parenté. Certes, Allah vous observe parfaitement. » (Sourate An-Nisa, 4:1). Ce verset associe directement la crainte d'Allah au respect des liens familiaux, montrant que ces deux obligations sont indissociables. Les hadiths du Prophète ﷺ viennent détailler et renforcer cet enseignement coranique.

1Le lien de parenté est attaché au Trône d'Allah

Rapporte par Abu Hurayra

إِنَّ الرَّحِمَ شَجْنَةٌ مِنَ الرَّحْمَنِ، فَقَالَ اللَّهُ: مَنْ وَصَلَكِ وَصَلْتُهُ، وَمَنْ قَطَعَكِ قَطَعْتُهُ

Traduction

« Le lien de parenté (ar-rahim) est une branche issue du Tout Miséricordieux (ar-Rahman). Allah a dit : Celui qui te maintient, Je maintiendrai Mon lien avec lui, et celui qui te rompt, Je romprai Mon lien avec lui. »

Sahih Al-Bukhari, n°5988Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith est fondamental car il personnifie le lien de parenté et lui donne une voix auprès d'Allah. Le terme « shajnah » signifie une branche ou une ramification, illustrant que le lien familial émane directement de la miséricorde divine. Allah S'engage personnellement : maintenir les liens familiaux, c'est s'assurer du lien avec Allah, et les rompre, c'est risquer d'être coupé de Sa miséricorde. Les savants considèrent ce hadith comme l'un des plus forts avertissements en faveur du maintien des liens de parenté.

2Le maintien des liens augmente la subsistance et prolonge la vie

Rapporte par Anas ibn Malik

مَنْ أَحَبَّ أَنْ يُبْسَطَ لَهُ فِي رِزْقِهِ وَيُنْسَأَ لَهُ فِي أَثَرِهِ فَلْيَصِلْ رَحِمَهُ

Traduction

« Celui qui aime que sa subsistance soit élargie et que sa vie soit prolongée, qu'il maintienne ses liens de parenté. »

Sahih Al-Bukhari, n°5986 — Sahih Muslim, n°2557Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith mentionne deux récompenses concrètes et tangibles dans la vie d'ici-bas. L'expression « yubsata lahu fi rizqihi » signifie que la subsistance sera élargie, abondante et bénie. « Yuns'a lahu fi atharihi » signifie que sa trace sur terre sera prolongée. Les savants divergent sur l'interprétation de cette prolongation : certains y voient une augmentation littérale des années de vie, d'autres une baraka (bénédiction) qui rend la vie plus fructueuse en bonnes œuvres. Dans les deux cas, le lien entre maintien des liens familiaux et bienfaits terrestres est clairement établi.

Silat ar-rahim : maintenir les liens activement

Le Prophète ﷺ ne s'est pas contenté d'ordonner le maintien des liens de parenté en termes généraux. Il a précisé la nature de ce maintien, distinguant le vrai mainteneur des liens de celui qui se contente de la réciprocité. Les hadiths suivants révèlent une exigence élevée : maintenir les liens même quand l'autre les rompt.

3Le vrai mainteneur des liens n'est pas celui qui rend la pareille

Rapporte par Abdullah ibn Amr

لَيْسَ الْوَاصِلُ بِالْمُكَافِئِ، وَلَكِنِ الْوَاصِلُ الَّذِي إِذَا قُطِعَتْ رَحِمُهُ وَصَلَهَا

Traduction

« Le vrai mainteneur des liens n'est pas celui qui rend la pareille. Le vrai mainteneur est celui qui, lorsqu'on rompt avec lui, renoue le lien. »

Sahih Al-Bukhari, n°5991Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith élève la barre de la silat ar-rahim. Rendre visite à celui qui nous rend visite est un simple échange social, accessible à tout le monde. Mais renouer le lien avec celui qui l'a rompu est un acte de piété supérieur qui demande patience, humilité et force de caractère. Le Prophète ﷺ distingue ici entre la réciprocité (mukafa'a) et la vraie connexion (wasla). Ce hadith est un appel à dépasser la logique du donnant-donnant dans les relations familiales.

4L'homme qui maintient le lien malgré l'ingratitude de ses proches

Rapporte par Abu Hurayra

قَالَ رَجُلٌ: يَا رَسُولَ اللَّهِ، إِنَّ لِي قَرَابَةً أَصِلُهُمْ وَيَقْطَعُونِي، وَأُحْسِنُ إِلَيْهِمْ وَيُسِيئُونَ إِلَيَّ، وَأَحْلُمُ عَنْهُمْ وَيَجْهَلُونَ عَلَيَّ. فَقَالَ: لَئِنْ كُنْتَ كَمَا قُلْتَ فَكَأَنَّمَا تُسِفُّهُمُ الْمَلَّ وَلَا يَزَالُ مَعَكَ مِنَ اللَّهِ ظَهِيرٌ عَلَيْهِمْ مَا دُمْتَ عَلَى ذَلِكَ

Traduction

« Un homme dit : « Ô Messager d'Allah, j'ai des proches que je visite mais qui me délaissent, envers qui je suis bon mais qui me maltraitent, envers qui je suis clément mais qui sont ignorants envers moi. » Le Prophète répondit : « Si tu es tel que tu le dis, c'est comme si tu leur faisais avaler de la cendre brûlante. Et tu ne cesseras d'avoir un soutien d'Allah contre eux tant que tu resteras sur cette voie. » »

Sahih Muslim, n°2558Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith illustre concrètement le cas du croyant qui maintient les liens malgré l'injustice de ses proches. Le Prophète ﷺ le rassure avec deux réponses. D'abord, la métaphore de la cendre brûlante (al-mall) signifie que ceux qui maltraitent un proche bienveillant accumulent un péché qui les brûle eux-mêmes. Ensuite, Allah sera le soutien (zahir) de celui qui persévère dans la bonté. Ce hadith encourage le croyant à ne pas rompre les liens par dépit, car sa récompense est garantie par Allah.

5Ar-rahim est suspendu au Trône et implore Allah

Rapporte par Aisha

الرَّحِمُ مُعَلَّقَةٌ بِالْعَرْشِ تَقُولُ: مَنْ وَصَلَنِي وَصَلَهُ اللَّهُ، وَمَنْ قَطَعَنِي قَطَعَهُ اللَّهُ

Traduction

« Le lien de parenté est suspendu au Trône (d'Allah) et dit : Celui qui me maintient, qu'Allah maintienne son lien avec lui, et celui qui me rompt, qu'Allah rompe son lien avec lui. »

Sahih Muslim, n°2555Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith rapporté par Aisha complète celui d'Abu Hurayra (Bukhari 5988) et confirme la personnification d'ar-rahim. Le fait qu'ar-rahim soit suspendu au Trône d'Allah — le plus grand des créations — souligne la place éminente des liens familiaux dans la hiérarchie des valeurs islamiques. Les savants expliquent que cette invocation d'ar-rahim est exaucée par Allah, car c'est Allah Lui-même qui a établi cette promesse. Rompre les liens de parenté, c'est donc s'exposer à une rupture du lien avec le Créateur.

Ces hadiths montrent que silat ar-rahim n'est pas une simple courtoisie sociale, mais un acte d'adoration à part entière, directement lié à la relation du croyant avec Allah. Pour approfondir les droits des parents en particulier, consultez notre article sur les hadiths sur les parents et la mère en islam.

La rupture des liens de parenté : un péché majeur

Si le maintien des liens de parenté est l'un des actes les plus méritoires, leur rupture figure parmi les péchés les plus graves en islam. Le Prophète ﷺ a prononcé des avertissements sévères à l'encontre de ceux qui coupent les liens familiaux, allant jusqu'à les exclure de l'entrée au Paradis.

6Celui qui rompt les liens de parenté n'entrera pas au Paradis

Rapporte par Jubayr ibn Mut'im

لَا يَدْخُلُ الْجَنَّةَ قَاطِعُ رَحِمٍ

Traduction

« N'entrera pas au Paradis celui qui rompt les liens de parenté. »

Sahih Al-Bukhari, n°5984 — Sahih Muslim, n°2556Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith est l'un des avertissements les plus forts dans la Sunna. La formulation est catégorique : « n'entrera pas au Paradis ». Les savants expliquent que cela peut signifier soit un retard dans l'entrée au Paradis (le musulman pécheur y entrera après purification), soit — selon la gravité et la persistance dans le péché — un danger réel pour la foi elle-même. L'imam An-Nawawi précise que ce hadith s'adresse à celui qui rompt les liens en considérant cela comme permis, ou qui persiste sans repentir. Il doit être un motif de crainte pour tout musulman qui néglige ses proches.

7Le châtiment de la rupture des liens est anticipé dans ce monde

Rapporte par Abu Bakra

مَا مِنْ ذَنْبٍ أَجْدَرُ أَنْ يُعَجِّلَ اللَّهُ لِصَاحِبِهِ الْعُقُوبَةَ فِي الدُّنْيَا مَعَ مَا يَدَّخِرُ لَهُ فِي الْآخِرَةِ مِنَ الْبَغْيِ وَقَطِيعَةِ الرَّحِمِ

Traduction

« Il n'y a pas de péché plus susceptible de voir Allah en hâter le châtiment dans ce monde, en plus de ce qu'Il réserve dans l'au-delà, que l'injustice (al-baghy) et la rupture des liens de parenté. »

Sunan Abu Dawud, n°4902 — Jami' at-Tirmidhi, n°2511Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith révèle que la rupture des liens de parenté fait partie des rares péchés dont le châtiment peut être anticipé dans la vie d'ici-bas, avant même celui de l'au-delà. Le Prophète ﷺ associe ce péché à l'injustice (al-baghy), soulignant que rompre avec ses proches est une forme d'oppression. Les savants en tirent que les difficultés inexpliquées dans la vie d'une personne peuvent parfois être liées à la rupture de ses liens familiaux. Ce double châtiment — terrestre et eschatologique — montre la gravité de ce péché.

8La miséricorde ne descend pas sur un peuple qui rompt les liens

Rapporte par Abdullah ibn Abi Awfa

إِنَّ الرَّحْمَةَ لَا تَنْزِلُ عَلَى قَوْمٍ فِيهِمْ قَاطِعُ رَحِمٍ

Traduction

« La miséricorde ne descend pas sur un peuple parmi lequel se trouve quelqu'un qui rompt les liens de parenté. »

Musnad Ahmad, n°19415 — Shu'ab al-Iman, al-BayhaqiHasan (bon)

Explication

Ce hadith élargit la portée de la rupture des liens : elle n'affecte pas seulement l'individu, mais toute la communauté. La présence d'un seul rompeur de liens peut priver un groupe entier de la miséricorde divine. Les savants y voient un appel à la responsabilité collective : il ne suffit pas de maintenir ses propres liens, il faut aussi encourager les autres à le faire et réconcilier les proches en conflit. Ce hadith est souvent cité pour motiver les efforts de réconciliation au sein des familles.

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Droits des proches et dépense pour la famille

Le maintien des liens de parenté ne se limite pas aux visites et aux bonnes paroles. Il comprend également une dimension matérielle : dépenser pour ses proches, les aider financièrement et subvenir à leurs besoins. Le Prophète ﷺ a enseigné que cette dépense est doublement récompensée et qu'elle constitue la meilleure des aumônes.

9La meilleure aumône est celle dépensée pour la famille

Rapporte par Abu Hurayra

دِينَارٌ أَنْفَقْتَهُ فِي سَبِيلِ اللَّهِ، وَدِينَارٌ أَنْفَقْتَهُ فِي رَقَبَةٍ، وَدِينَارٌ تَصَدَّقْتَ بِهِ عَلَى مِسْكِينٍ، وَدِينَارٌ أَنْفَقْتَهُ عَلَى أَهْلِكَ، أَعْظَمُهَا أَجْرًا الَّذِي أَنْفَقْتَهُ عَلَى أَهْلِكَ

Traduction

« Un dinar dépensé dans le sentier d'Allah, un dinar dépensé pour affranchir un esclave, un dinar donné en aumône à un pauvre, et un dinar dépensé pour ta famille : celui qui a la plus grande récompense est celui dépensé pour ta famille. »

Sahih Muslim, n°995Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith établit une hiérarchie surprenante : la dépense pour la famille surpasse même la dépense dans le sentier d'Allah ou l'aumône aux pauvres en termes de récompense. Les savants expliquent cela par le fait que la dépense familiale est une obligation (wajib) qui passe avant les actes surérogatoires. De plus, elle combine l'intention d'adoration avec le maintien des liens de parenté, ce qui multiplie la récompense. Ce hadith réfute l'idée que la charité extérieure prime sur les obligations envers les siens.

10L'aumône au proche cumule deux récompenses

Rapporte par Salman ibn Amir

الصَّدَقَةُ عَلَى الْمِسْكِينِ صَدَقَةٌ، وَهِيَ عَلَى ذِي الرَّحِمِ ثِنْتَانِ: صَدَقَةٌ وَصِلَةٌ

Traduction

« L'aumône faite à un pauvre est une aumône, et celle faite à un proche parent est double : c'est une aumône et un maintien du lien de parenté. »

Sunan an-Nasa'i, n°2582 — Jami' at-Tirmidhi, n°658Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith révèle un principe de jurisprudence important : l'aumône versée à un proche dans le besoin cumule deux récompenses distinctes — celle de la sadaqa et celle de la silat ar-rahim. Le Prophète ﷺ encourage ainsi les musulmans à commencer leur charité par les proches avant de l'étendre aux autres. Les savants en déduisent que le proche parent dans le besoin est plus en droit de recevoir la zakat et la sadaqa qu'un étranger, à condition qu'il ne soit pas parmi ceux dont l'entretien est obligatoire (comme les parents ou les enfants directs).

11Le meilleur compagnon est celui qui est le meilleur envers son compagnon

Rapporte par Abdullah ibn Amr

خَيْرُ الْأَصْحَابِ عِنْدَ اللَّهِ خَيْرُهُمْ لِصَاحِبِهِ، وَخَيْرُ الْجِيرَانِ عِنْدَ اللَّهِ خَيْرُهُمْ لِجَارِهِ

Traduction

« Le meilleur compagnon auprès d'Allah est celui qui est le meilleur envers son compagnon, et le meilleur voisin auprès d'Allah est celui qui est le meilleur envers son voisin. »

Jami' at-Tirmidhi, n°1944Sahih (authentique)

Explication

Bien que ce hadith mentionne les compagnons et les voisins, les savants l'appliquent en priorité aux proches parents, qui sont souvent à la fois compagnons, voisins et membres de la famille. Le critère de valeur est clair : c'est la qualité du traitement de l'autre qui détermine le rang auprès d'Allah. Ce hadith s'inscrit dans la continuité des enseignements sur silat ar-rahim en élargissant le cercle de bienveillance au-delà du lien de sang.

Réconciliation entre proches et pardon

Les conflits familiaux sont inévitables, mais l'islam insiste sur la réconciliation comme devoir religieux. Le Prophète ﷺ a encouragé les efforts de réconciliation entre les proches et a même permis certaines souplesses dans ce cadre, montrant l'importance capitale de préserver l'unité familiale.

12Réconcilier les gens est meilleur que la prière et le jeûne surérogatoires

Rapporte par Abu al-Darda

أَلَا أُخْبِرُكُمْ بِأَفْضَلَ مِنْ دَرَجَةِ الصِّيَامِ وَالصَّلَاةِ وَالصَّدَقَةِ؟ قَالُوا: بَلَى. قَالَ: إِصْلَاحُ ذَاتِ الْبَيْنِ، فَإِنَّ فَسَادَ ذَاتِ الْبَيْنِ هِيَ الْحَالِقَةُ

Traduction

« Ne vous informerai-je pas de ce qui est meilleur en degré que la prière, le jeûne et l'aumône surérogatoires ? Ils dirent : Si, bien sûr. Il dit : C'est la réconciliation entre les gens, car la corruption des relations est la « raseuse » (qui rase la religion). »

Sunan Abu Dawud, n°4919 — Jami' at-Tirmidhi, n°2509Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith place la réconciliation (islah dhat al-bayn) au-dessus de la prière, du jeûne et de l'aumône surérogatoires. Le terme « al-haliqa » (la raseuse) est expliqué par le Prophète ﷺ lui-même : « Je ne dis pas qu'elle rase les cheveux, mais qu'elle rase la religion. » Les conflits familiaux non résolus peuvent détruire la foi et la pratique religieuse d'un individu et d'une communauté. Ce hadith est un appel pressant à faire de la réconciliation une priorité, en particulier au sein des familles.

13Il n'est pas permis de boycotter son frère plus de trois jours

Rapporte par Abu Ayyub al-Ansari

لَا يَحِلُّ لِمُسْلِمٍ أَنْ يَهْجُرَ أَخَاهُ فَوْقَ ثَلَاثِ لَيَالٍ، يَلْتَقِيَانِ فَيُعْرِضُ هَذَا وَيُعْرِضُ هَذَا، وَخَيْرُهُمَا الَّذِي يَبْدَأُ بِالسَّلَامِ

Traduction

« Il n'est pas permis au musulman de boycotter son frère plus de trois nuits. Ils se croisent et chacun se détourne de l'autre. Le meilleur des deux est celui qui commence par le salut. »

Sahih Al-Bukhari, n°6077 — Sahih Muslim, n°2560Sahih (authentique)

Explication

Ce hadith fixe une limite maximale au boycott entre musulmans : trois jours. Passé ce délai, le silence devient un péché. Le Prophète ﷺ donne ensuite la clé de la réconciliation : saluer l'autre en premier. Celui qui fait le premier pas est déclaré le meilleur des deux, car il a vaincu son ego pour obéir à Allah. Les savants précisent que cette interdiction s'applique d'autant plus fortement aux proches parents, car le boycott familial combine deux péchés : la rupture des liens de fraternité et la rupture des liens de parenté.

Ces hadiths sur la réconciliation s'inscrivent dans la vision islamique de la famille comme unité fondamentale de la société. Les liens familiaux ne sont pas un choix personnel que l'on peut rompre à volonté : ce sont des droits divinement établis. Pour découvrir les enseignements du Prophète ﷺ sur le mariage, fondement de la famille, consultez notre article sur les hadiths sur le mariage en islam.

Ce que disent les savants sur la famille et les liens de parenté

Les grands savants de l'islam ont abondamment commenté les hadiths sur les liens de parenté. Leurs explications éclairent la portée juridique et spirituelle de ces enseignements prophétiques.

« Le maintien des liens de parenté est obligatoire de manière générale, et sa rupture est un péché majeur. Les textes du Coran et de la Sunna sont explicites et concordants à ce sujet. La silat ar-rahim se réalise par la visite, l'aide financière, la bonne parole, l'invocation et la défense de l'honneur du proche. »

— Imam An-Nawawi, Sharh Sahih Muslim

« Le hadith « celui qui rompt les liens n'entrera pas au Paradis » est porté sur la menace (wa'id) et non sur le jugement définitif du musulman. Il montre cependant que ce péché est si grave qu'il peut retarder l'entrée au Paradis. Le croyant doit craindre ce hadith et s'empresser de renouer tout lien rompu. »

— Ibn Hajar al-Asqalani, Fath al-Bari

« La prolongation de la vie par le maintien des liens peut être comprise de deux manières : soit Allah ajoute effectivement des années à la vie de celui qui maintient ses liens, car le décret divin comporte des aspects conditionnels ; soit la baraka est placée dans son temps, de sorte qu'il accomplit en peu de temps ce que d'autres n'accomplissent pas en une vie entière. »

— Ibn al-Qayyim, Zad al-Ma'ad

Ces commentaires montrent que les hadiths sur la famille ne sont pas de simples recommandations morales : ils constituent le fondement d'un corpus juridique et éthique élaboré par les grandes écoles de jurisprudence, touchant aux droits des proches, à la nafaqa (dépense obligatoire) et aux règles de succession.

Enseignements et leçons pratiques

L'ensemble des hadiths présentés dans cet article permet de dégager des leçons concrètes pour le musulman soucieux de maintenir ses liens familiaux :

1

Considérer les liens de parenté comme un acte d'adoration

La silat ar-rahim n'est pas une simple convention sociale : c'est un commandement divin lié directement à la miséricorde d'Allah. Maintenir les liens, c'est maintenir son lien avec le Créateur.

2

Aller au-delà de la réciprocité

Le vrai mainteneur des liens est celui qui renoue quand l'autre coupe. La logique du donnant-donnant ne suffit pas dans les relations familiales : l'islam exige une générosité unilatérale quand nécessaire.

3

Commencer la charité par les proches

La dépense pour la famille est la plus récompensée. L'aumône au proche parent dans le besoin cumule deux récompenses : la sadaqa et la silat ar-rahim.

4

Ne jamais boycotter un proche plus de trois jours

Le boycott prolongé est interdit entre musulmans, et encore plus entre proches parents. Le meilleur est celui qui fait le premier pas vers la réconciliation en saluant l'autre.

5

Faire de la réconciliation une priorité absolue

La réconciliation entre les gens est supérieure en degré à la prière, au jeûne et à l'aumône surérogatoires. Les conflits familiaux non résolus « rasent la religion ».

6

Craindre les conséquences de la rupture

La rupture des liens de parenté est un péché dont le châtiment peut être hâté dans ce monde. Elle peut priver le croyant de l'entrée au Paradis et la communauté entière de la miséricorde divine.

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Questions fréquentes

Silat ar-rahim signifie littéralement « joindre le lien utérin ». C’est le maintien actif des liens de parenté par les visites, les appels, l’entraide financière, les invocations et la bienveillance envers les proches. Le Prophète ‘alayhi salatu wa salam a enseigné que celui qui maintient ces liens verra sa subsistance (rizq) augmentée et sa vie prolongée (Bukhari 5986).

Les hadiths les plus importants incluent celui rapporté par Abu Hurayra sur le lien de parenté (ar-rahim) attaché au Trône d’Allah (Bukhari 5988), celui d’Anas sur l’augmentation de la subsistance par le maintien des liens (Bukhari 5986), et celui d’Abdullah ibn Amr sur le fait que le vrai mainteneur des liens n’est pas celui qui rend la pareille mais celui qui renoue quand on rompt avec lui (Bukhari 5991).

Oui, la rupture des liens de parenté (qat’ ar-rahim) est considérée comme un péché majeur. Le Prophète ‘alayhi salatu wa salam a averti que celui qui rompt les liens de parenté n’entrera pas au Paradis (Bukhari 5984). Allah a également maudit ceux qui sèment la corruption sur terre et rompent les liens de parenté (Coran 47:22-23).

Le Prophète ‘alayhi salatu wa salam a enseigné que le vrai mainteneur des liens n’est pas celui qui rend la pareille, mais celui qui renoue même quand l’autre coupe (Bukhari 5991). Un homme a demandé conseil au Prophète au sujet de proches ingrats, et le Prophète lui a dit de continuer à les traiter avec bonté, car Allah serait son soutien tant qu’il maintiendrait cette attitude (Muslim 2558).

Les hadiths mentionnent deux bienfaits majeurs : l’augmentation de la subsistance (rizq) et la prolongation de la vie (Bukhari 5986). Les savants expliquent que cette prolongation peut être littérale (plus d’années de vie) ou qualitative (une vie bénie et riche en bonnes œuvres). Le maintien des liens est aussi un moyen d’accéder au Paradis et de gagner la satisfaction d’Allah.

Oui, le Prophète ‘alayhi salatu wa salam a dit que la meilleure aumône est celle dépensée pour sa famille (Muslim 995). La dépense pour les proches cumule deux récompenses : celle de l’aumône et celle du maintien des liens de parenté (Bukhari 1466). Chaque dinar dépensé pour sa famille avec une intention sincère est récompensé par Allah.

Les liens de parenté englobent tous les proches par le sang (parents, enfants, frères, sœurs, oncles, tantes, cousins) et par alliance. La priorité revient aux parents, puis aux plus proches. Le Prophète a particulièrement insisté sur les droits de la mère, mentionnée trois fois avant le père (Bukhari 5971). Les voisins proches qui sont aussi de la famille ont un double droit.

Le Prophète ‘alayhi salatu wa salam était un modèle de bonté familiale. Khadija a dit de lui, avant même la révélation, qu’il maintenait les liens de parenté (Bukhari 3). Il visitait ses proches régulièrement, prenait soin des orphelins de sa famille, et a dit que le meilleur des hommes est celui qui traite le mieux sa famille (Tirmidhi 3895).

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